“Anthropocène” confirmée : oui, mais…

Une nouvelle étude publiée dans « Science » le jeudi 7 janvier 2016 confirme que les activités humaines ont fait basculer la Terre dans une nouvelle ère géologique, appelée l’Anthropocène.

Dr Colin Waters du British Geological Survey dit: “Depuis longtemps les humains ont un effet sur l’environnement, mais récemment nous assistons à la dispersion rapide et globale de nouveaux matériaux, notamment l’aluminium, le béton et les plastiques, dont on trouve la trace dans les strates sédimentaires.”

Pendant l’Holocène [les dernières 11.700 années] les sociétés humaines ont avancé en domestiquant les terres afin d’augmenter la production de nourriture ; elles ont construit des centres urbains et sont devenues adeptes de l’exploitation des ressources de la Terre en termes d’eau, de minerais et d’énergies. L’Anthropocène se caractérise par une période de changement environnemental rapide, dû à l’augmentation fulgurante de la population humaine et de la consommation pendant la “grande accélération” du milieu du 20ème siècle. 

Cette étude est sans aucun doute parfaitement respectable parce qu’elle est publiée dans Science, mais je me demande si elle va assez loin. J’irais même jusqu’à la qualifier de dentelle académique, puis qu’il y a dans la pièce un éléphant dont personne ne parle.

Nous savons, grâce aux carottages antarctiques, que depuis au moins 850.000 ans la Terre a oscillé tranquillement entre des périodes glaciaires et interglaciaires, avec des différences de température de seulement 15°. C’est très peu par rapport à ce qui se produit sur nos planètes voisines, Mars et Vénus, et les modifications de climat s’opéraient sur des périodes de dizaines de milliers d’années. On pourrait presque parler d’une remarquable stabilité.

Pendant toute cette période la proportion de CO2e*  atmosphérique variait entre 200 et 300 ppm en fonction de la température, mais la quantité totale de CO2e dans le système était constante. Dès les années 1750 nous avons commencé à injecter du CO2nouveau dans le système, et depuis le milieu du 20ème siècle les quantités de ce CO2e nouveau augment de manière exponentielle. Les océans en absorbent beaucoup (environ 30%) mais le reste va directement dans l’atmosphère où la proportion de CO2e est maintenant de 400 ppm. Par ailleurs, selon les projections de la COP21, les 500 ppm seront atteintes dans les 15 à 20 ans à venir. Les océans ne peuvent plus suivre et l’excédent de CO2e dans l’atmosphère où il a un impact direct sur l’effet de serre. Nous constatons d’ores et déjà  les ravages occasionnés par un seul petit degré de réchauffement. Au fur et à mesure que nous nous approcherons des 500 ppm, les choses iront de pire en pire, de plus en plus vite, la puissance des courbes exponentielles étant absolument impitoyable.

Alors, l’Anthropocène représente-t-il un changement d’ère géologique ? Sans aucun doute. Mais à une échelle beaucoup plus vaste que les traces sédimentaires révélées par cette étude. En effet, nous avons inversé la dynamique de base du Système Terre. Désormais c’est le niveau de CO2e atmosphérique qui détermine et déterminera la température. Nul ne peut savoir aujourd’hui vers quel monde cela nous mènera, ni même si notre civilisation survivra, mais une chose est sûre : le voyage sera tout sauf confortable.


* “Equivalent” : c’est-à-dire, CO2 + les autres gaz qui contribuent à l’effet de serre de manière moins importante.

 

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