Category Archives: Climate & the media

COP21 nous a trahis

Je me sens trahi. Par les politiques qui me jettent de la poudre aux yeux ; par les scientifiques qui ne s’unissent pas pour crier, “Balivernes!” ; par les médias qui n’osent pas dire que l’Empereur stupide et vaniteux se promène tout nu dans la rue.

 

James Hansen, le climatologue le plus éminent au monde, traite l’Accord de Paris de “fraude”, et à mon (humble) avis il a dû être tenté d’utiliser des termes autrement moins élégants.

Je fais partie de ces amateurs, pas matheux et encore moins physiciens, qui ne se contentent pas de la rhétorique des parties prenantes mais qui s’obstinent à se forger une opinion à partir des chiffres publiés. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’entre les déclarations jubilatoires et les chiffres fournis par la science il y a un gouffre insurmontable. Continue reading

Changement climatique : Mais qu’est-ce que je peux faire, moi ?

 

A vrai dire, je ne sais pas ce que vous pouvez faire. Quant à moi, il se trouve que j’ai un don pour le verbe, alors j’écris et je parle. En plus, j’ai le temps de lire et de réfléchir et je ne m’en prive pas.

Surtout, je veux agir. Comme beaucoup de gens, je trouve inadmissible la manière dont, collectivement, nous faisons abstraction des problèmes posés par le réchauffement global et la perturbation climatique qui s’ensuit. Nous sommes en pleine crise existentielle et personne ou presque n’en parle. Nous sommes à la dérive dans des eaux inconnues où règne un faux calme, et aucun des officiers à bord ne peut ni ne veut prendre la barre. J’en ai assez qu’on nous prenne pour des enfants qu’il faut protéger de la vérité. J’en ai ras-le-bol des mensonges de ces grandes personnes qu’on appelle des politiques et qui, depuis un demi-siècle, refusent de regarder le problème en face. J’en ai marre, et j’ai trouvé un moyen d’agir. Continue reading

Climate change: What can I do?

Frankly, I don’t know what you can do.

I know what I can do: I have a talent for writing and talking, so I do that; I have oodles of time for reading and thinking, so I do that. Maybe you are good at persuading friends and acquaintances to send letters to leaders of opinion — in which case, look no further! This is for you.

I’ve prepared a model letter for the IPCC — specifically for the co-chairs of Working Group 1 — asking them to recalculate their number for ice cap melt.

Here is the letter.

Here’s where to send it:

Dr Vicente Barros / IPCC WG1 Co-chair                         Dr Chris Field / IPCC WG1 Co-chair
Facultad de Ciencias Exactas y Naturales                     Department of Global Ecology
Universidad de Buenos Aires                                              Carnegie Institution for Science
Argentina                                                                                    260 Panama St.
                                                                                                        Stanford – CA 94305 – USA

And here’s why.  Continue reading

Letter to a lady

The Guardian’s new editor-in-chief, Katharine Viner, has been doing the rounds, meeting people and listening. And she finally got to me… well, us — the readers. “Send me your thoughts,” she said. As you can imagine, I didn’t need asking twice. Especially since I’d recently flashed my long-suffering Visa card to contribute to the Graun’s latest revenue stream: membership. I am now a Patron of The Guardian and, I must admit, I’m rather proud of that. To paraphrase Mrs Pankhurst, put your trust in the G, childers. She will protect you!

This is what I wrote to the lady: Continue reading

Climat : Les âneries de Werner Munter

Un article faisant valoir les idées saugrenues de Werner Munter, paru dans Le Matin, le 3 mai 2014, a refait surface et circule sous forme de courriels. C’est dommage : ça oblige un honnête blogueur à prendre du temps pour y mettre de l’ordre. Aussi c’est décevant de constater qu’il existe encore un public pour ce genre de pseudoscience, dont certains se félicitent comme s’il s’agissait d’un véritable samizdat.

Voici d’abord ce que dit Munter, “spécialiste reconnu des avalanches, [qui] planche nuit et jour depuis trois ans sur le réchauffement climatique”, selon le journaliste Laurent Grabet :

Précisons tout d’abord que je ne conteste pas le réchauffement lui-même. […] Ce que je remets en cause, ce sont les causes de ce réchauffement. Elles n’ont rien à voir avec l’homme ou avec le CO2 comme on nous le serine. Je suis arrivé à cette conclusion pour trois raisons.

La première, c’est tout simplement l’analyse des données climatiques reconstituées sur des millions d’années. Rien que dans les 10 000 dernières années, il y a eu cinq pics de températures comparables à celui que nous vivons. Ces optima correspondent à des cycles naturels. Au Moyen Age, il était par exemple possible d’aller en vallée d’Aoste depuis Arolla avec les troupeaux car le glacier n’existait plus. Lors des deux premiers optima, le Sahara était une savane avec des lacs, des arbres et des éléphants. Avant cela, pendant des centaines de milliers d’années, il a fait plus chaud qu’aujourd’hui. Et parfois jusqu’à 7 degrés plus chaud ! Or le GIEC se concentre sur les 150 dernières années. Autant dire qu’il regarde autour de son nombril. Les reconstructions paléoclimatiques montrent aussi que, pendant des centaines de millions d’années, il n’y a pas eu de corrélations entre le CO2 dans l’atmosphère et la température sur terre.

[La deuxième] La concentration de CO2 – qui est soit dit en passant un gaz vital et non pas un poison – dans l’atmosphère est négligeable. Il y en a un peu moins de 0,5‰ dans l’atmosphère, et au maximum 5% de cette quantité est imputable à l’homme. Pour un million de molécules d’air, il y a seulement 20 molécules de CO2 produites par l’homme. Et chaque année, notre industrialisation rajoute 4 molécules de CO2 pour chaque million de molécules d’air, mais la moitié est absorbée par les océans et les plantes. Et on veut nous faire croire que cette infime proportion due à l’homme est une catastrophe ? J’ai beaucoup de peine à le croire (rires).

Ces théories visent à nous culpabiliser. Quand des scientifiques comme ceux du GIEC disent qu’ils veulent sauver la planète, je dis qu’ils ne sont pas crédibles. Ils mentent pour préserver des intérêts économiques dont les leurs. Car il y a tout un business derrière la lutte contre le réchauffement. Il y a une volonté de faire peur aux gens par exemple en dramatisant la montée des océans, alors que ceux-ci ne s’élèvent que de 2 à 3 mm par an ! C’est aussi une manipulation intellectuelle de parler de CO2 en tonnes plutôt qu’en proportion. Des tonnes, ça impressionne, mais rappelons que l’atmosphère pèse 5 000 000 000 000 000 tonnes !

[La troisième] Celle de la thermodynamique en particulier. Pour faire simple : la terre fait 15° en moyenne. L’atmosphère censément polluée de CO2 est grosso modo à -30° à 10 km d’altitude. Qu’elle réchauffe la Terre qui est bien plus chaude qu’elle est une aberration. La thermodynamique nous dit que la chaleur va toujours vers le froid et jamais dans le sens inverse, ce que correspond à notre expérience quotidienne.

[Comment expliquer le réchauffement ?] Je n’ai pas de réponse car trop de facteurs entrent en jeu. Par contre, j’ai des hypothèses. Je soupçonne par exemple les variations de l’intensité du rayonnement solaire – qui répondent à des cycles – de jouer un rôle central, tout comme les processus nucléaires complexes et méconnus qui sont à l’œuvre au centre de notre Terre. Quoi qu’il en soit, c’est de l’arrogance de croire qu’en 150 ans d’industrialisation nous avons changé le climat. La nature est bien plus forte que l’homme, nous ne sommes pas les maîtres de la Terre !

Commençons par la fin, car c’est là que nous voyons le niveau scientifique du bonhomme. J’ai le souvenir d’avoir lu quelque part un conseil aux jeunes scientifiques, disant à peu de choses près : “Poursuis tes idées. Fonce ! Peu importe si tes hypothèses bousculent Einstein, Dirac, Maxwell et compagnie. Tant que les résultats expérimentaux ne te contredisent pas, on s’en fout. Toute théorie existe pour être infirmée. C’est ça, la méthode scientifique. Mais sache que le jour où tu te trouves avec la deuxième loi de la thermodynamique en travers de ta route, là — très probablement — tu t’es planté.” Munter, qui n’est ni jeune ni scientifique, a dû pourtant comprendre qu’on ne plaisante pas avec la deuxième loi de la thermodynamique et il semble penser qu’en la brandissant il va désarmer toute critique éventuelle. Hélas, il n’a rien compris du tout ! Aucun climatologue n’a jamais dit que “l’atmosphère réchauffe la Terre”. Ce serait en effet “une aberration”. Ce qui se passe dans l’atmosphère est à la fois plus subtile et plus précis. Un lecteur scandalisé (et, à juste titre, méprisant) l’a très bien résumé dans son commentaire : “Lorsqu’un rayon réfléchi ou émis par le sol frappe une molécule de CO2, il est renvoyé, notamment vers le sol. Qu’il y ait 5% de CO2 en plus implique un effet de serre dû au COaugmenté de 5%.” Et d’ajouter : “Un élève de licence en physique pourrait déboulonner cet argument en 5 min. Ce soi-disant expert autodidacte ne sait pas de quoi il parle.” Pour conclure, on peut dire, certes, que l’atmosphère constitue une sorte de couverture chauffante pour la Terre, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit là d’une métaphore. L’atmosphère ne réchauffe pas la Terre pour autant, pas plus que le verre ne réchauffe la serre !

Voilà qui nous situe les connaissances scientifiques de Werner Munter et sa capacité à dire n’importe quoi. A vrais dire, cela pourrait suffire pour nous épargner l’analyse de ses autres “arguments”. Mais bon… pour la forme, allons-y.

— “…il y a eu cinq pics de températures comparables à celui que nous vivons.”
Certes, mais il faut savoir les relativiser à l’échelle de la tendance générale.

Blips on graphe 1

Blips 2

Blips 3

— “Avant cela, pendant des centaines de milliers d’années, il a fait plus chaud qu’aujourd’hui. Et parfois jusqu’à 7 degrés plus chaud !”
Il mélange tout ! Depuis “des centaines de milliers d’années” la Terre connaît la glaciation plus ou moins permanente, ponctuée par de courtes périodes interglaciaires. Sur “des centaines de milliers d’années” la corrélation entre CO2 atmosphérique et température ne fait aucun doute, grâce à l’analyse des carottages de glace. Pour retrouver des températures “jusqu’à 7 degrés plus chaud”, il faut remonter des dizaines de millions d’années en arrière, à une époque où les continents étaient disposés autrement et les grands courants marins n’avaient pas démarré. Or, la mise en place de la configuration actuelle des plaques tectoniques a eu lieu il y a 2,5 millions d’années seulement et ce qui passait à la surface de la Terre auparavant relevait, à toutes fins utiles, d’une autre planète.

— “Quand des scientifiques comme ceux du GIEC disent qu’ils veulent sauver la planète, je dis qu’ils ne sont pas crédibles. Ils mentent pour préserver des intérêts économiques dont les leurs.”
C’est une calomnie ahurissante ! Il y aurait donc un complot parmi les milliers de chercheurs contribuant aux travaux du GIEC et — indirectement, de par leur silence — des dizaines de milliers d’autres ? Qui est-ce qui manque de crédibilité ? Qu’il y ait des intérêts financiers en jeu, nul ne le doute ; mais de quel côté ? C’est plutôt l’industrie des énergies fossiles qui dépense des milliards pour intimider les scientifiques et les politiques, dans le but de protéger ses revenus obscènement élevés. Et allez me trouver un article sérieux sur les travaux du GIEC qui n’ajoute “…dont les prévisions sont souvent critiquées pour être trop optimistes”.

— “Ces théories visent à nous culpabiliser.”
Euh… pardon, mais quelles théories ? Sait-il même différencier une théorie, une hypothèse, une mesure, une probabilité ? Le langage scientifique peut manquer d’élégance, mais jamais de précision. 

Enfin, n’oublions pas le bon sens. Il a beau être parfaitement inutile en physique quantique, le bon sens est plutôt assez fiable dans le monde newtonien. Il suffit de regarder l’évidence en face pour pour voir “un truc qui cloche”. Prenez deux minutes pour regarder cette petite animation publiée par la NOAA. C’est un peu long à démarrer, mais ça vaut la peine de la regarder plusieurs fois, afin d’absorber toutes les informations qu’elle présente.

NOAA animated graphic

“…c’est de l’arrogance de croire qu’en 150 ans d’industrialisation nous avons changé le climat.”
Pas du tout, c’est chose faite. Bon sang, mais c’est d’une évidence monumentale ! Auparavant, la température déterminait le niveau de CO2 atmosphérique. Désormais ce sera l’inverse. C’est un bouleversement à l’échelle géologique et plus rien ne sera jamais comme avant. 

La désinformation sur le changement climatique n’est pas ce qui manque. Les propos de Werner Munter n’en sont qu’un exemple particulièrement stupide. Je n’aurais pas pris une journée pour y répondre s’ils ne m’étaient pas parvenus par le biais de gens que je tiens pour raisonnables et raisonnablement informés. Qu’ils aient pu gober toute crue une telle sottise sur la thermodynamique, je n’en reviens pas. Quant au Matin, publier un tel amalgame de pseudoscience, d’approximation cavalière et de « moi-je-n’y-crois-pas » sans prévenir le lecteur que, scientifiquement, ça ne tient pas debout, est impardonnable. Un article comme celui de Graber, une fois publié, reste longtemps accessible dans l’infosphère. Même si les inexactitudes sont démontrées le lendemain de sa publication, il peut ressortir plusieurs mois plus tard sans les corrections et être pris pour une information fiable par un public dont les connaissances scientifiques sont tristement inadéquates. D’où l’importance pour les médias d’agir de manière responsable.

J’espère que mes amis vont faire circuler ce poste parmi leurs correspondants. Et je leur conseille, très vivement, de lire le chapitre sur les stratégies du dénie dans Requiem pour l’espèce humaine de Clive Hamilton.


 

Ce débat est devenu stérile. Je ne publierai plus de commentaires au sujet de cet article. Beaucoup de choses ont changé. Voir plutôt ici .