Changement climatique : Mais qu’est-ce que je peux faire, moi ?

 

A vrai dire, je ne sais pas ce que vous pouvez faire. Quant à moi, il se trouve que j’ai un don pour le verbe, alors j’écris et je parle. En plus, j’ai le temps de lire et de réfléchir et je ne m’en prive pas.

Surtout, je veux agir. Comme beaucoup de gens, je trouve inadmissible la manière dont, collectivement, nous faisons abstraction des problèmes posés par le réchauffement global et la perturbation climatique qui s’ensuit. Nous sommes en pleine crise existentielle et personne ou presque n’en parle. Nous sommes à la dérive dans des eaux inconnues où règne un faux calme, et aucun des officiers à bord ne peut ni ne veut prendre la barre. J’en ai assez qu’on nous prenne pour des enfants qu’il faut protéger de la vérité. J’en ai ras-le-bol des mensonges de ces grandes personnes qu’on appelle des politiques et qui, depuis un demi-siècle, refusent de regarder le problème en face. J’en ai marre, et j’ai trouvé un moyen d’agir.

Mais j’ai besoin de vous pour passer à l’action. J’ai besoin que vous soyez nombreux à écouter cet appel et à consacrer une demi-heure à un geste simple, concret, à la portée de tout un chacun.

J’ai préparé une lettre-type que je vous invite à envoyer au GIEC — plus précisément aux co-présidents du Working Group 1 — leur demandant de recalculer leurs chiffres concernant la fonte des calottes glaciaires.

Pourquoi ? De quoi s’agit-il ? De faire ce qu’on peut en tant qu’individus pour assurer un avenir à l’humanité. Rien que ça…

  1. Le contexte

Sur le plan du changement climatique, les choses vont mal. Très mal. A vrai dire, ça a l’air d’être fichu. Mais on ne peut tout de même pas se contenter de hausser les épaules et faire une croix sur les mille générations à venir. Ce serait moralement indéfendable. Nous devons essayer de sauver ce qui peut l’être.

Le prochain grand rendez-vous des équipes de négociateurs sera à Paris en décembre — dans cinq mois. La 21e Conférence des Parties (COP21) se réunira et pendant une semaine la bataille fera rage à coups de virgules fracassantes, d’adjectifs tranchants et d’autres qualificatifs écrasants… Un rituel sans fin, comme d’habitude. Mais sait-on jamais ? L’opinion publique donne des signes de ne pas vouloir se contenter des platitudes traditionnelles. La possibilité existe que l’une ou l’autre des « Parties » soit tentée de proposer un changement significatif à la dernière minute. Que diable ! La dernière fois qu’une COP a eu des velléités de casser le moule, à Copenhague en 2009, les climato-cons l’ont sabotée. Ils ont « hacké » le serveur de l’université du Sussex et publié des courriels entre chercheurs qui, soi-disant, « s’arrangeaient » pour que leurs résultats soient cohérents. Ce furent des balivernes, mais les médias s’en sont emparé pour faire mousser toute une histoire. Il allait falloir plusieurs mois pour démêler la vérité et, entre-temps, la crédibilité de la COP en a payé les frais. Nul ne peut douter que les mêmes saboteurs soient en train de mijoter quelque chose pour la COP21 et il serait souhaitable que la communauté scientifique prenne les devants avec son propre coup médiatique.

  1. La science

En ce qui concerne la science du changement climatique, la référence généralement admise est l’AR5 (Assessment Report n°5) du GIEC, dont la « Synthèse pour décideurs » fut publié en septembre 2013. Ses conclusions sont on ne peut plus claires : (i) le réchauffement global est une réalité, (ii) nos émissions de CO2 en sont la cause, et (iii) ça va mal finir si on n’agit pas vite et de manière radicale. Le GIEC, c’est du solide et ses chiffres sont irréfutables. Si l’AR5 le dit, on peut être sûr que « c’est vrai ». Mais — et c’est un mais de taille — si l’AR5 ne le dit pas, ce n’est pas forcément faux. Ceci s’explique de par l’extrême rigueur des traitements statistiques employés : le GIEC refuse d’exprimer une opinion là où il estime que les données disponibles sont insuffisantes, et ce quelle que soit l’importance du domaine concerné. C’est pourquoi l’AR5 est largement critiqué par la communauté scientifique, qui — d’une manière générale — trouve ses conclusions trop optimistes. Par ailleurs, toutes les recherches accomplies depuis la publication de l’AR5 confirment que ce dernier était quasiment obsolète dès sa publication.

  1. La montée du niveau de la mer

Les prévisions de l’AR5 concernant l’impact de la fonte des calottes glaciaires sur le niveau de la mer sont particulièrement consternantes. La méthode statistique employée (celle des moyennes décennales) a pour objectif d’éliminer les anomalies qui peuvent se présenter d’une année à l’autre. C’est une méthode qui s’applique très bien aux phénomènes qui évoluent lentement sur une longue période de temps : la température moyenne à la surface de la Terre, par exemple.

Mais, appliquée à la fonte des calottes glaciaires (évolution rapide sur une période courte), cette méthode a pour effet de réduire 25 années d’observations sur le terrain à un graphique qui ne comporte que deux points. C’est-à-dire, un graphique inexploitable à des fins d’extrapolation, puisque les données sont « insuffisantes ». Il s’ensuit que, selon l’AR5, le facteur le plus important à prendre en compte pour déterminer la montée du niveau de la mer serait la dilatation thermique, ce qui frôle le ridicule. Aujourd’hui, on sait que le facteur le plus important — et de loin — est la fonte des calottes glaciaires, et toutes les études récentes confirment que cette fonte va plus vite que prévu ; voire beaucoup plus vite. Il faut surveiller ça comme le lait sur le feu. Cela étant, on ne peut pas se permettre d’attendre l’AR6 en 2020 pour avoir un troisième point sur le graphique.

  1. Ma proposition

Temperature decadal averagesComment générer une courbe du taux de fonte exploitable tout en maintenant la protection contre les anomalies ? La question est là. Et la réponse me paraît évidente : il faut recalculer les moyennes décennales d’année en année : 1991 à 2000, 1992 à 2001, etc. Cela pourrait révéler l’existence d’une courbe comme celle-ci, par exemple, qui est parfaitement consistante avec le peu de données publiées dans l’AR5. Et qu’a-t-elle donc de particulier, cette courbe ? Elle décrit une situation qui évolue de manière exponentielle et se traduirait par plusieurs mètres d’augmentation du niveau de la mer dans les deux ou trois décennies à venir. Si j’ai raison, et si le GIEC publiait cette nouvelle courbe au mois de novembre, l’impact médiatique pourrait bel et bien changer la donne pour la COP21.

  1. La stratégie

J’ai déjà écrit au GIEC en leur demandant de recalculer leurs moyennes décennales de cette façon. En vain, bien sûr — un quelconque individu n’a absolument aucune influence. Il faudrait que des centaines, voire des milliers de lettres arrivent chez les co-présidents du « Working Group 1 », les Drs Field et Barros. Oui, pas de courriels mais des lettres, qui inondent le service Courrier, s’entassent au secrétariat et font étale de beaux timbres venant du monde entier.

Ainsi pourrions-nous frapper un bon coup au nom de la science et saboter les plans des saboteurs.

Cela, vous pouvez le faire. Cela, ne vaut-il pas une demi-heure de votre temps ?

8 thoughts on “Changement climatique : Mais qu’est-ce que je peux faire, moi ?

  1. A Paris dans quelques mois il y aura une conférence internationale sur les problèmes liés aux changements climatiques d’une importance capitale. Si vous avez la possibilité, rv à Place de la République pour appuyer la nécessité de cette négociation. Une demie-million de participants aiderait énormément à focaliser l’attention des conférenciers sur l’urgence absolue de leur tache.

    1. Bonjour et merci de ton soutien. Qui organise la manif dont tu parle ? Serait-ce l’Avaaz par hasard ? Et quand au juste ?

      J’espère que tu as envoyé la lettre au GIEC. Une demi-million, ce serait bien. Ose-t-on en espérer autant ? Mais tu as entièrement raison sur l’importance de cette conférence. Il faut absolument que les participants soient harcelés par tous les moyens dont nous disposons, surtout ce que j’aime appeler des “culs dans la rue”.

      Bon vent à toi.

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