Changement climatique : La volonté politique locale ne manque pas.

M’sieur le Maire ne peut pas tout faire. Face à une régle-mentation outrageusement conservatrice, une absence lamentable d’informations pertinentes et un gouverne-ment qui refuse de s’engager, ses compétences sont insuffisantes.

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Le 28 juin 2014. Depuis des semaines, le temps est au beau fixe. Les orges sont déjà rentrées, le battage des blés ne va pas tarder. Mais ce jour-là il pleut. C’est bien, on en a besoin. Quand même, ça tombe mal pour une cinquantaine de braves citoyens rassemblés à l’abri d’un chêne au pied d’un mât bardé d’anémomètres. Ils sont là pour marquer la fin d’une étape importante : les données fournies par ce mât de mesure pendant une année entière ont confirmé que ce site est bel et bien apte à l’installation de trois éoliennes.

C’est une très bonne nouvelle. Quatre années se sont déjà écoulées depuis que Bournezeau, la petite commune rurale vendéenne où j’habite, s’est attaquée au parcours du combattant dont relève l’installation de deux petits parcs de chacun trois éoliennes. Cette petite victoire méritait bien qu’on se déplace un samedi matin pour écouter des discours sous la pluie et – bien sûr – prendre un verre ensemble.

Après un bref rappel historique, m’sieur le Maire Louis-Marie Giraudeau ne manquera pas de situer le projet dans un contexte républicain : « …la raison majeure de notre rencontre aujourd’hui, c’est d’évoquer notre volonté de rassembler […] le plus large possible pour enclencher une dynamique sociétale, […] une opportunité pour le citoyen de se rapprocher du politique, car je ressens un éloignement de plus en plus grand qui pourrait être à terme dangereux pour notre démocratie. »

Représentant l’association ELISE (promoteur du projet, agissant comme facilitateur entre la commune et le constructeur), Philippe Massé parlera des difficultés connues par l’éolien en France : un cadre réglementaire lourd et contraignant qui rend les projets éoliens particulièrement vulnérables aux contestations systéma-tiques. « Bien que les projets finissent souvent par aboutir, il faut 6 à 8 and entre les premières prospections et la production des premiers kWh. Chez nos voisins européens, il ne faut que 3 à 4 ans. […] les recours d’associations locales retardent les projets de 2 à 3 ans. » Selon les sondages, 90% des Français sont favorables à l’éolien mais les trois quarts des projets sont attaqués. Que diable se passe-t-il ?

Enfin, Bernard Chancelier, l’infatigable président de l’APEC (Association Pour l’Eolien Citoyen), va situer le projet à l’échelle d’un monde menacé par le réchauffement global et tout ce qui s’ensuit: la perturbation totale du climat et la montée des océans. Il soulignera le fait que la technologie nécessaire pour reprendre le contrôle du climat est en grande partie déjà disponible, démolissant au passage l’argument, souvent entendu mais parfaitement fallacieux, que l’énergie renouvelable ne pourrait jamais remplacer l’énergie fossile parce que le vent ne souffle pas partout tout le temps. Car le vent souffle aussi la nuit, quand nous n’en avons pas besoin. La clé, ce sont les différentes techniques de stockage de l’électricité et là aussi, les solutions existent (et bien d’autres, parfois surprenantes, sont à l’étude), allant de l’hydro-pompage à l’air comprimé, en passant par les batteries d’un vaste parc de voitures électriques dont les immatriculations doublent d’année en année.

gouvernement donne le tonEn somme, trois axes d’analyse pour un même problème : le souci légitime de l’élu, l’expérience pratique du technicien et les connaissances de l’activiste engagé. C’est bien, c’est très bien ; et je vois mal comment on pourrait faire mieux au jour d’aujourd’hui, étant données les limites qui s’imposent à une action citoyenne et à l’éolien en général. Mais à l’échelle d’un problème global ce n’est guère qu’une goutte d’eau dans l’océan.

Les chiffres de Philippe Massé sont inquiétants et révélateurs : de toute évidence, c’est la queue qui agite le chien. Comment en est-on arrivé là ?

Massé évoque :

  • les « grincheux réfractaires au changement et les hypocrites du Ch’ui-d’accord-mais-pas-devant-chez-moi » ;
  • l’inévitable visibilité des éoliennes ;
  • la méfiance inspirée par le fait que ce type de projet brasse beaucoup d’argent ;
  • l’influence néfaste des structures nationales de lobby.

Et d’en conclure : « La transition énergétique, tout comme les parcs éoliens, ne seront une réussite que si le citoyen est au cœur du changement. » L’association ELISE prône l’innovation citoyenne, l’ingénierie sociale, la concertation et la co-décision. C’est parfaitement raisonnable et admirable (d’ailleurs ces mêmes critères devraient s’appliquer à tout projet d’infrastructure, quelle qu’en soit la nature) ; mais cela passe à côté de la difficulté principale qui est le manque d’informations au niveau national.

Par définition, le Maire et des associations comme ELISE ne peuvent agir que localement. Nul ne peut douter de la volonté du Conseil Municipal, qui a tout fait pour informer et impliquer le plus de gens possible, avec des supports écrits et des réunions publiques à la pelle. Sa campagne d’information a été irréprochable et continue de l’être. Et pourtant, j’ai moi-même parlé avec l’un des piliers de la communauté, dont le discours pas-devant-chez-moi a eu un impact certain lors d’une réunion publique, et il m’a avoué qu’il n’avait « peut-être pas tout lu… ». Pour les élus il y a de quoi s’arracher les cheveux.

En effet, toute l’action de l’équipe municipale se déroule sur fond du débat tel qu’il est formulé au niveau national et du climat qui en découle. C’est le gouvernement qui donne le ton : les informations fournies, le vocabulaire choisi, le degré d’urgence qui transparaît. L’autorité du Maire ne suffit pas pour contrecarrer le message implicite émanant du gouvernement et en ce moment ce message est vague et l’urgence quasi nulle. Quand j’interroge mon entourage, j’ai l’impression que leur compréhension des enjeux se limite à « Oui, ce serait bien si on faisait un peu dans l’énergie renouvelable parce que ça ferait moins de pollution. » En toute logique, alors, les gens pensent qu’il y a encore de la marge de manœuvre, qu’ils peuvent encore pinailler et faire passer l’intérêt personnel devant l’intérêt collectif.

Et cela ne changera pas tant que le gouvernement maintiendra sa position actuelle, nous prenant pour des idiots incapables de faire face à la réalité. Son message doit être parfaitement clair : nous devons aller vers la décarbonisation totale au plus vite et par tous les moyens possibles, sinon c’est la fin de la civilisation telle que nous la connaissons, en France et dans le monde entier.

Mais ce message, nous ne sommes pas près de l’entendre, à moins de trouver le moyen d’exercer une pression irrésistible sur le gouvernement pour lui imposer un changement de cap. Et il se peut bien que ce moyen existe. Je pense à l’association des Maires de France et à l’énorme potentiel qui est le sien. Contrairement aux ministres d’état, enfermés dans leurs bureaux et cloisonnés les uns des autres, les Maires sont sur le terrain et ont la possibilité de se parler. Il faut qu’ils s’organisent autour de la réalité qui est leur quotidien, qu’ils fassent preuve de loyauté vis-à-vis non pas du gouvernement mais du peuple. Ensemble ils constituent la première instance de la démocratie républicaine.  Ils ont le droit et le devoir de dire non au Président de la République quand cela est nécessaire.

Allez, m’sieur le Maire, dans la rue avec tes potes !

 

Prochainement :

En quoi une catastrophe est-elle catastrophique ?

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