Climat : la Chine s’y prend mieux que l’Ouest.

On a pour habitude de dire qu’un problème bien défini est un problème à moitié résolu. Hélas, si seulement c’était vrai !

Le problème, c’est que le climat de la Terre a changé, change encore et changera davantage, beaucoup plus vite. En l’état actuel des choses, nous nous dirigeons droit vers des extinctions massives et la perturbation totale de la civilisation telle que nous la connaissons, bien avant la fin du siècle.

Le problème, c’est que, depuis un quart de siècle, l’industrie des énergies fossiles, ainsi que les marchés financiers mais surtout les politiques ont refusé d’écouter les avertissements des scientifiques.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui nous sommes condamnés à un freinage d’urgence brutal, alors que nous aurions pu lever le pied il y a vingt-cinq ans. Tout le monde sera secoué et le risque de perdre le contrôle est grand.

Le problème, c’est que même aujourd’hui—incroyablement, stupidement, aveuglement—personne ne veut reconnaître l’urgence.

Quant à la solution, si tant est qu’il y en a une, elle passera forcément par la Conférence de Paris en décembre 2015. Il nous reste dix-huit mois pour faire en sorte que celle-ci ne devienne pas lettre morte comme celle de Kyoto, ni une farce comme Copenhague, ni un non-événement comme Cancun.

J’ai écrit ailleurs du besoin pour nous, le peuple, de nous manifes-ter pendant la Conférence de Paris, regardons à présent ce que cette dernière devra accomplir.

La tâche sera triple :

  1. Reconnaître que l’extrême l’urgence impose des mesures radicales.
  2. Se mettre d’accord sur les objectifs à fixer.
  3. Mettre en place un cadre légal qui contraigne tous les participants à appliquer les décisions prises.

Si les points 1 et 3 semblent d’ores et déjà rédhibitoires, le n°2 peut au moins se chiffrer. Nos émissions de gaz à effet de serre doivent plafonner en 2020 et ensuite diminuer suffisamment vite pour stabiliser le CO2 atmosphérique à un niveau qui ne dépasse pas les 450 ppm, et ce pas plus tard qu’en 2050.

Je reviendrai dans un autre article sur les implications pour notre quotidien qui se profilent derrière ces chiffres apparemment banals. Regardons d’abord les annonces récentes des USA et de la Chine, à lumière de cet objectif.

Note: All emission estimates from the Inventory of U.S. Greenhouse Gas Emissions and Sinks: 1990-2012.

Obama propose de mettre en place un plan de réduc-tion des émissions de CO2 des centrales électriques existantes. Celui-ci fixe un objectif de baisse de 30% des émissions d’ici 2030 par rapport à 2005. Il nous rappelle que la génération de l’électricité contribue plus que toute autre activité aux émissions de gaz à effet de serre des USA.

En effet, les centrales électriques représentent 38% des émissions des USA. D’où 30% de 38% = une réduction d’environ 11% du total des émissions des USA, d’ici à l’an 2030. Peut-être. On est bien obligé d’ajouter ce “peut-être” parce que l’opposition sera féroce. Par ailleurs, Obama ne dit rien d’éventuelles réductions à imposer aux autres 62%, lesquels—on peut le supposer—vont continuer à augmenter. La valeur relative des 11% va donc diminuer. En tous les cas de figure, d’ici à l’an 2020, voire au-delà, le total des émissions des USA sera en augmentation constante.

Quant aux Chinois, ils ne parlent ni de secteurs d’activité ni de pourcentages comme on a pu lire dans Le Monde du 4 juin dernier :

Après les Etats-Unis, c’est au tour de la Chine de se mobiliser contre le réchauffement. Mardi 3 juin, un conseiller du gouvernement chinois sur le changement climatique a annoncé publiquement que Pékin pourrait fixer un plafond en valeur absolue à ses rejets de CO2 dans le cadre de son treizième plan quinquennal qui est la feuille de route de l’économie chinoise entre 2016 et 2020.

Cela manque de clarté, certes—c’est un “conseiller” qui fait l’annonce et non pas le gouvernement, et on ignore la hauteur du plafond ainsi que la date de son application—mais il s’agit là d’une façon de penser autrement plus sérieuse et, finalement, plus transparente. Au lieu de chipoter avec des pourcentages aléatoires se limitant à tel ou tel secteur et dont le but premier est de jeter de la poudre aux yeux, la Chine semble reconnaître que chaque pays doit prendre ses responsabilités et s’engager au niveau de la totalité de ses émissions.

La solution—car je veux croire que nous en trouverons une, même si je ne le pense pas—passera forcément par une réflexion et des mesures à cette échelle. Or, il est évident pour tout un chacun que les USA n’en sont pas capables : l’Exécutif ne dispose pas de pouvoirs suffisants et doit composer avec une opposition dogmatique, voire fanatique, prête à mettre en péril le processus démocratique même, pourvu qu’elle arrive à ses fins.

Obama peut annoncer tous les projets qu’il veut ; ils seront sabotés par le Congrès qui, à toutes fins utiles, constitue le bras politique de l’industrie des énergies fossiles. En revanche, quand la Chine annonce ses intentions, généralement elle s’y tient.

A quand une Chine leader moral du combat contre le changement climatique ?

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