Climat : La conférence de Paris serait déjà un échec

Voilà qui n’augure de rien de bon.

Le responsable “changement climatique” de l’Union européenne dit, au sujet des pourparlers lors d’un sommet climatique majeur à Paris cette année, qu’il ne s’agira pas d’un échec même si les gouvernements ne parviennent pas à maintenir le réchauffement en dessous du seuil dangereux de 2°C.

Ces commentaires, qui amenuisent les attentes d’un résultat solide à Paris, suggèrent que les architectes d’un accord mondial sur le climat sont déjà résignés à ce que les gouvernements ne parviennent pas à viser assez haut lors de la définition de leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans les prochains mois.

Selon le Guardian1, Miguel Arias Canete a dit:

2°C est un objectif … Si nous avons un processus qui se poursuit vous ne pouvez pas dire que c’est un échec si les mesures de mitigation engagées ne parviennent pas à 2°C … Tout pas en avant est un pas en avant …

Ce sont — disons-le franchement — des balivernes. Mais il ya pire, l’ONU est apparemment sur la même page :

A Bruxelles, la haute responsable climatique de l’ONU, Christiana Figueres, a également cherché à minimiser les attentes en disant aux journalistes que les engagements pris dans la perspective de la conférence de Paris “ne suffiront pas pour nous mettre sur la voie 2°C … Chaque année, il en faudra plus — pas de régression — et il faut qu’il y ait une destination à long terme : la neutralité climatique pour la deuxième partie de ce siècle”.

“… La neutralité climatique pour la deuxième partie de ce siècle”: c’est flou au point d’être dénué de tout sens. Qu’est-ce que la “neutralité climatique” ? Est-elle mesurée en ppm ou en Gt de CO2-e ? Et “pour la deuxième partie de ce siècle,” cela signifie-t-il l’an 2050 ? Ou une quelconque date entre 2051 et 2099 ?

Le pire de tout, c’est qu’il n’y a aucune mention ici de l’incontour-nable objectif à court terme, qui consiste à faire plafonner nos émissions.

Nous ne pouvons pas espérer atteindre un climat stable sans éliminer la quasi-totalité de nos émissions de gaz à effet de serre — tout le monde le sait. Mais avant que nous puissions commencer à réduire les émissions, nous devons mettre un terme à leur croissance. Bon sang, est-ce si difficile à comprendre? En outre, plus loin nous pousserons l’échéance, plus raide — et donc plus douloureuse— sera la courbe des réductions ultérieures. Ce n’est pas sorcier.

Ce que la conférence de Paris doit faire afin de maintenir un semblant de crédibilité c’est de fixer la date à laquelle nos émissions cesseront de croître. Mais personne n’en parle et on comprend aisément pourquoi : cela reviendrait à annoncer aux producteurs de pétrole et de gaz que leurs réserves, évaluées à des milliers de milliards de dollars, devront rester dans la terre.


 

1 Notons au passage que je n’ai trouvé aucune trace des remarques de Canete ou de Fugueres dans le site du Monde.

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