Climat : le comment du pourquoi

Suite à mon dernier article, où je vous ai donné un aperçu de ce qui est en train de changer pour le mieux au niveau de la technologie, et au vu d’un accord USA-Chine qui représente trop peu, trot tard, il m’a semblé nécessaire de repréciser les raisons de l’extrême urgence dont je ne cesse de vous bassiner les oreilles.

Commençons au début : notre planète est née il y a 4,5 milliards d’années, certes, mais l’histoire de la Terre que nous connaissons est beaucoup plus courte. Elle ne remonte pas plus loin que la mise en place de la configuration actuelle des continents, il y a 2,5 millions d’années environ. Auparavant les continents étaient découpés autrement et se trouvaient à d’autres endroits sur le globe. La distribution de l’eau et de la terre n’étant pas celle que nous obser-vons aujourd’hui, les grands courants océaniques n’étaient pas les mêmes ; l’emplacement et la hauteur des montagnes étaient différents… et le comportement climatique de l’ensemble — de ce nous appelons le Système Terre — n’avait rien à voir avec la Terre que nous connaissons. Autant parler d’une autre planète.

Alors, dans le contexte de la perturbation climatique, si vous entendez quelqu’un parler d’événements plus anciens ou affirmer allègrement que tel ou tel phénomène se soit déjà produit il y a des millions d’années, soyez-en sûr : ce sont des balivernes. À toutes fins utiles, l’histoire du monde moderne a commencé une fois l’Himalaya sorti de terre.

Or, la Terre que nous connaissons a toujours été froide, très froide : pensez un kilomètre de glace sur New-York. Tous les 100.000 ans environ, sous l’influence des cycles de Milankovitch, elle s’appro-chait un tant soit peu du Soleil, les glaces reculaient et la Terre s’offrait des vacances vertes. Mais celles-ci — que nous appelons les périodes interglaciaires — étaient de courte durée. Au bout de quelque dix à quinze mille ans, les températures redescendaient, les glaces aussi, et la Terre glissait à nouveau dans un sommeil profond et hivernal jusqu’au prochain alignement des cycles de Milankovitch. La stabilité du système venait du fait que tout se déroulait en vase clos en présence d’une quantité fixe de CO2, dont une partie flottante se trouvait soit dans l’atmosphère, soit dissoute dans les océans, selon la température de ces derniers. Même pendant les interglaciaires, le niveau de CO2 atmosphérique ne dépassait jamais les 300 ppm.

Ce rythme paisible aurait pu continuer très longtemps, si le sort n’avait pas introduit un virus dans le système : Homo sapiens. Celui-ci, initialement peu nombreux mais particulièrement virulent, a eu vite fait de se débarrasser de ses concurrents directs dans la chaîne alimentaire, les très grands carnassiers, et du restant de la méga-faune, dont il était devenu le seul prédateur. Ce faisant, il suivait à la lettre la loi de la lutte inter-espèces, dictée par l’évolution —  manger ou être mangé —, sans pour autant qu’il n’eût d’autre impact sur son environnement. Mais ensuite, hélas, vint la mutation fatidique et Homo industriens se mit à puiser dans les ressources vitales de son hôte, dont les jours furent désormais comptés. Car l’industrialisation de la planète a libéré — et libère encore — de vastes quantités de CO2 nouveau et a fini par modifier la dynamique fondamentale du Système Terre, dont la température n’est plus déterminée par des facteurs naturels : aujourd’hui c’est le niveau de CO2 atmosphérique — notre CO2 — qui détermine la température. En même temps, nous assistons à l’émergence d’une deuxième mutation importante : reste à voir si Homo informaticus aura le temps d’assurer la préservation de son habitat.

La NOAA a produit ce graphique animé qui illustre à la perfection l’échelle des dégâts dont nous sommes responsables :

NOAA animated graphic

Il y a les chiffres… et il y a le bon sens. Rappelez-vous que le passage de 200 ppm à 300 ppm transforme la Terre d’une boule de neige en la belle planète bleue et verte que nous connaissons ; et dites-vous bien que passer de 300 à 400 aura un effet tout aussi dramatique mais beaucoup moins à notre goût. Les 400 ppm, on y est déjà, et ils sont là pour des siècles à venir. Nous n’en avons pas encore vu leur plein effet — loin de là — mais il ne manquera pas de se faire sentir. Or, nos hommes politiques s’obstinent à nous raconter qu’il ne s’est passé rien de grave et qu’on pourra « gérer ça ». « Certes, on devra faire face à quelques tempêtes, disent-ils, et le niveau de la mer va monter un peu, mais ça va encore. On a le temps. » C’est d’une stupidité proprement incroyable, l’abdication pure et simple de leur responsabilité vis-à-vis du peuple. C’est choquant au-delà de toute condamnation et — vous l’aurez deviné ! — ça me met hors de moi.

Faut-il vraiment expliquer pourquoi nous ne vivons pas déjà le futur ? Rappelez-vous les lois de la physique que vous avez apprises à l’école. Quand vous appuyez sur l’interrupteur la lumière s’allume tout de suite parce que l’électricité se propage (quasiment) à la vitesse de la lumière : 300.000 km/seconde. Mais, dans un gaz, un liquide ou un solide, comme la Terre avec son atmosphère et ses océans, la chaleur se propage beaucoup plus lentement et le Système Terre est très grand. On a beau injecter de vastes quantités d’énergie nouvelle, l’effet ne se voit pas tout de suite. Réfléchissez : si vous mettez de l’eau à chauffer, vous verrez apparaître assez vite d’innombrables petites bulles sur le fond de la casserole. Peu à peu la taille des bulles augmente et de temps en temps l’une d’elles se détachera du fond et montera à la surface de l’eau. À ce stade vous pouvez encore mettre votre doigt dans l’eau sans aucun danger. Mais vous savez comme moi que, si vous ne voulez pas que les bulles deviennent de plus en plus grandes et actives, si vous ne voulez pas que le changement s’accélère jusqu’à ce que l’eau soit complètement déstructurée, chaotique… bref, si vous ne voulez pas vous brûler, il faut arrêter de chauffer la casserole ! Il ne suffit pas de baisser le gaz, il faut l’arrêter.

Or, globalement, en ce moment, que se passe-t-il dans le vrai monde ? Nous n’avons pas mis fin à nos émissions de CO2 ; nous ne les avons même pas stabilisées ; aussi incroyable que cela puisse paraître, nous les augmentons toujours au rythme de 3% par an. Autrement dit, non seulement nous n’essayons même pas d’arrêter le gaz, nous continuons à le monter ! Si vous regardez bien les termes employés par ces éminents messieurs qui se disputent à coups de rhétorique, vous verrez qu’ils ne cherchent qu’à fixer la date à laquelle on pourra peut-être non pas commencer à diminuer nos émissions de CO2, mais seulement diminuer leur augmenta-tion ! Sera-ce en 2030, en 2050 ? Jusqu’où peut-on repousser l’échéance ?

Même le nouvel accord entre les USA et la Chine, tant fanfaronné, se limite à cette logique défaitiste (et de toutes façons il sera torpillé par les Republicons dans le Congrès).

D’où l’importance de la Conférence de Paris en décembre 2015, qui devra à tout prix trouver le moyen de faire en sorte que nos émissions de CO2 plafonnent en 2020, au plus tard. C’est pourquoi je renouvelle mon appel  à une campagne citoyenne d’envergure. Il faut que le message aux politiques soit très fort et très clair : Arrêtez de nous prendre pour des cons et assumez vos responsabilités. Ce qu’il nous faut, ce sont des culs dans la rue… ou feet in the street si vous préférez.

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