Climat : un point de vue personnel

Il est un risque que nous n’avons pas le droit de prendre : celui de l’extinction de l’espèce humaine.

J’ai beaucoup parlé dans ce blog des aspects techniques du changement climatique : le quoi et le comment de ce qui se passe. J’ai très peu parlé des aspects économiques, mais ce manquement sera réparé dans un prochain article. Aujourd’hui, je voudrais prendre du recul — beaucoup de recul — et adopter une perspective à la fois personnelle et universelle.

quelque part sur une échelleDans 85 ans notre planète sera 3° à 6° plus chaude qu’à l’ère pré-industriel. La perturbation climatique que nous observons déjà, causée par seulement huit dixièmes de 1°, se manifeste de manière croissante depuis environ 50 ans. Nous nous obstinons à injecter de plus en plus de chaleur (c’est-à-dire, d’énergie) dans le système Terre et la réaction de celui-ci ne manquera pas d’être de plus en plus virulente. Le changement va accélérer et les dégâts seront de pire en pire, allant d’une augmentation de la violence des tempêtes à une montée rapide des océans. Les politiques font semblant de croire que nous pourrons arrêter la montée de la température à +2° et qu’il n’y aura pas d’impact majeur sur le fonctionnement de nos sociétés. Cette attitude est d’une stupidité incroyable et totalement irresponsable. Personne ne peut dire exactement ce qui va se produire parce que le système Terre dans son ensemble est inimaginablement complexe, mais ce sera quelque part sur une échelle allant de la catastrophe à l’extinction massive d’espèces… dont nous.

Pour éviter le pire, il ne reste qu’une lueur d’espoir, hautement improbable : il faudrait que, lors de la Conférence de Paris en décembre 2015, les états reconnaissent la réalité et prennent les décisions radicales qui s’imposent. Leur objectif doit être de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020, sans dépasser un niveau de 450 ppm.1 Autant croire au Père Noël…

(La géo-ingénierie, dont — hélas — nous entendrons parler souvent, ne propose pas de solutions viables. Pire, penser qu’elle pourrait nous sauver fait partie du problème. Voir ailleurs sur ce blog la revue de deux livres du polymathe australien Clive Hamilton, lecture obligatoire pour quiconque cherche à comprendre notre situation actuelle.)

Notre espèce est spéciale. N’ayons pas peur de le dire. Sans aucun doute, d’autres espèces terriennes sont conscientes à un degré ou à un autre. Mais, pour autant que nous le sachions, seuls nous les humains sommes conscients de notre conscience. Nous sommes infiniment rares et précieux. Comment pouvons-nous prendre le moindre risque d’engendrer notre propre disparition ? C’est inconcevable. Et pourtant, c’est vers cette finalité que nous fonçons, tête dans le guidon, de manière apparemment… inconsciente. Comment évaluer une telle perte à l’échelle de l’univers ?

vous ne pouvez pas comprendreSelon les uns, la Terre vivrait mieux sans nous, tellement nous sommes stupides, méchants et dangereux. A ceux-là je réponds : à peine sortis de l’école maternelle de l’évolution, nous avons déjà produit un Bach, un Shakespeare, un Einstein… ; de quoi ne serions-nous pas capables dans mille ans ? On ne tue pas un petit enfant surdoué parce qu’il a tapé sur ses camarades et cassé ses jouets ; on l’aide à grandir, à apprendre.

Selon les autres, supposer que nous sommes les seuls surdoués dans l’Univers entier relève de l’arrogance ; et d’ailleurs les mathéma-tiques sont du côté de ceux-là. Dans un Univers tellement vaste, avec des milliards de milliards de systèmes solaires, il est fort probable (même quasi certain) que nos semblables existent ou existeront quelque part dans l’espace-temps. Certes, mais… Les mêmes très grands nombres qui rendent probable l’existence de nos semblables nous en séparent, dans l’espace et dans le temps, par des distances infranchissables. Alors, à toutes fins utiles, nous sommes seuls. Et nous sommes entièrement responsables du don précieux qu’est la nôtre.

C’est dans ce contexte que les climato-sceptiques, avec leur peur pathologique du changement sociétal, nient et dénigrent le changement climatique ; que les politiques se soucient davantage des derniers sondages que de l’avenir ; que les médias, pour peur de passer pour des alarmistes, ont abdiqué leur responsabilité. Si vous comptez sur la télévision et les journaux pour vos informations, vous ne pouvez pas comprendre le danger qui se présente à nous.

Ceci est le grand contexte, tellement grand que très peu de gens peuvent ou veulent le voir. C’est rageant, c’est désespérant, mais que faire ? Si des gros calibres intellectuels comme Hamilton, des politiques réformés comme Gore, des personnages aimés du grand public comme Hulot n’arrivent pas à faire bouger l’opinion, il y a peu ou pas de chance pour qu’un Walker inconnu y parvienne.

Je le sais ; mais je suis un enfant du cosmos et, moralement, je ne peux pas ne pas essayer.

 

1 Voir Clive Hamilton, “Les apprentis sorciers du climat” pp. 94-95 et “Requiem pour l’espèce humaine” pp 54-55.

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