COP21 nous a trahis

Je me sens trahi. Par les politiques qui me jettent de la poudre aux yeux ; par les scientifiques qui ne s’unissent pas pour crier, “Balivernes!” ; par les médias qui n’osent pas dire que l’Empereur stupide et vaniteux se promène tout nu dans la rue.

 

James Hansen, le climatologue le plus éminent au monde, traite l’Accord de Paris de “fraude”, et à mon (humble) avis il a dû être tenté d’utiliser des termes autrement moins élégants.

Je fais partie de ces amateurs, pas matheux et encore moins physiciens, qui ne se contentent pas de la rhétorique des parties prenantes mais qui s’obstinent à se forger une opinion à partir des chiffres publiés. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’entre les déclarations jubilatoires et les chiffres fournis par la science il y a un gouffre insurmontable.

Commençons au début.

Le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental pour l’Etude du Climat, autrement appelé IPCC – Intergovernmental Panel on Climat Change) a été créé par les Nations Unies en 1988, avec pour mandat :

[…] d’évaluer, sans parti pris et de manière méthodique et objective, l’information scientifique, technique et socio-économique disponible en rapport avec la question du changement du climat.

Ces informations sont sélectionnées parmi les études effectuées par des organismes pluridisciplinaires internationaux et publiées dans des revues scientifiques.

Le GIEC travaille à dégager clairement les éléments qui relèvent d’un consensus de la communauté scientifique et à identifier les limites d’interprétation des résultats.

C’est-à-dire que le GIEC n’avait pas pour mission de “faire de la science” mais de passer en revue et de valider la science qui se fait en labo et sur le terrain, d’en présenter la synthèse et d’en tirer les conclusions. Le travail du GIEC se fait de manière “indépendante”, entre scientifiques, mais la rédaction de ses rapports se négocie avec ses mandataires… politiques. Le GIEC présente un rapport tous les 7 ans.

Dans son 5ème rapport, publié en septembre 2013, le GIEC a jugé bon de publier ce qu’on pourrait appeler un “budget de survie”. Selon eux, le cumul de toutes nos émissions de CO2 depuis l’année 1750 ne devaient pas dépasser les mille Gt : 1 000 000 000 000 tonnes de CO2e (*). Pour rendre cet enchaînement de zéros plus maniable, on parle de 1,000 Gt CO2e. Au-delà de cette enveloppe, il y avait un risque sérieux – voire probable – que le réchauffement global déclencherait des phénomènes irréversibles. En clair, plus ça chauffe, plus – et plus vite – ça chauffera. Ce fut un avertissement sérieux.

Dans ce même rapport n°5 (qu’on appelle généralement AR5), le GIEC indiquait que nos émissions globales (en 2013) étaient de l’ordre de 36 Gt/CO2e par an et augmentaient d’environ 3% par an. Et que nous en étions déjà à  53% du budget global.

Fort de ces chiffres, j’ai imaginé un scénario que je pensais envisageable. Admettons que nous arrivions à faire plafonner nos émissions globales en 2020 et qu’ensuite nous les réduisions graduellement: 1% par an, 2% par an… 5% par an. J’ai demandé à Excel de me calculer ce que cette évolution nous donnerait à l’horizon de 2050.

graph page 66 corrigéEn voici la courbe:

Mais le taux émissions ne dit pas tout. Toute la partie grisée, sous la courbe, ce sont également des émissions de CO2e. Même si le taux annuel diminue, ces émissions contribuent au cumul. Et c’est le cumul qui est important: combien de CO2e y a-t-il dans l’atmosphère ?

graph Chantonnay page 12 corrigéVoici donc cette même courbe d’émissions – les mêmes informations – présentées en termes de cumul:

La courbe verte du cumul de nos émissions croise la ligne en pointillés jaune (le plafond GIEC) en 2024 et continue à monter, pour atteindre environ 133% du budget GIEC vers 2030. Cela représenterait un niveau de 500ppm de CO2e atmosphérique et les carottes seraient en train de cuire.

graph page 67 corrigéJe me suis alors rendu compte qu’il y avait… “Un Problème”. J’ai donc demandé à Excel de me donner une autre simulation. J’ai avancé la date de “peak emissions” et j’ai accéléré le taux de réduction, jusqu’à ce qu’on rentre dans l’enveloppe du GIEC.

Mathématiquement, cela tient debout, mais ne parlons même pas de la faisabilité politique…

En parallèle, pour une conférence que j’ai donnée à La Flocellière le 16 octobre, j’ai esquissé une liste de décisions que la COP21 devrait prendre si elle voulait être (devenir?) crédible:

  1. Prendre des décisions contraignantes
  2. Nommer une date pour atteindre « peak emissions »
  3. Arrêter les subventions cachées aux énergies fossiles
  4. Arrêter l’exploration de nouvelles réserves de pétrole et de gaz
  5. Arrêter la production de voitures à moteur thermique, ne serait-ce qu’à l’horizon de 10-15 ans
  6. Taxer le carbone et redistribuer le revenu

Puis  j’attendais avec impatience mais sans grand espoir la publication de l’Accord de Paris.

J’ai mis trois jours pour le lire. Il est en fait très bien rédigé, mais — son but premier étant la précision juridique et non point la fluidité narrative — il est très dense, et truffé de références croisées vers article un tel, paragraphe un autre…

Pourtant, je tenais absolument à le lire parce qu’il s’agit d’un document très, très important, et que les déclarations jubilatoires des politiques — dont les médias se font l’écho sans porter de jugement — ne m’inspirent aucune confiance.

Quelle déception ! Aucune des décisions sur ma liste n’a été prise. Cela ne m’a pas surpris, idéaliste-réaliste que je suis. Mais il y a pire :

  • L’Accord de Paris ne contient aucune référence explicite au besoin impératif de freiner l’expansion de l’industrie du pétrole.
  • Il ne fait aucune mention du besoin de mettre un terme à la production de voitures à moteurs thermiques, même à l’horizon de 10 ou 15 ans.
  • Concernant l’objectif “peak emissions” l’Accord se contente d’évoquer, au passage, le besoin d’y parvenir “dès que possible”.

Et il y a surtout le §17 du Chapitre II, on l’on note :

…avec préoccupation que les niveaux des émissions globales de gaz à effet de serre en 2025 et 2030 estimés sur la base des contributions prévues déterminées au niveau national ne sont pas compatibles avec des scénarios au moindre coût prévoyant une hausse de la température de 2°C, mais se traduisent par un niveau prévisible d’émissions de 55 gigatonnes en 2030, et note également que des efforts de réduction des émissions beaucoup plus importants que ceux associés aux contributions prévues déterminées au niveau national seront nécessaires pour contenir l’élévation de la température de la planète en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels en ramenant les émissions à 40 gigatonnes ou en dessous de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels en ramenant les émissions à un niveau devant être défini dans le rapport spécial mentionné au paragraphe 21 ci-après;

Relisez-le. Non, vous ne vous trompez pas. Toute référence à l’enveloppe de 1000 Gt définie par le GIEC s’y distingue de par son absence. C’est comme si personne n’en avait jamais entendu parler.

Cela me laisse pantois. Et je ne suis certainement pas le seul. Quiconque a suivi l’évolution de la situation depuis plusieurs années ne peut qu’en être profondément choqué.

Ce paragraphe est le noyau de l’Accord de Paris. Tout le reste n’est que verbiage juridique. Il n’y a qu’au §17 du Chapitre II qu’on trouve des chiffres permettant de voir où on en sera dans une quinzaine d’années. Et ces chiffres sont bien plus éloquents que toute la rhétorique. Ils indiquent, on ne peut plus clairement, que les engagements pris à Paris nous lancent sur une trajectoire de catastrophe assurée.

Regardons de plus près. La COP21 envisage de faire plafonner nos émissions globales à 55 Gt  de CO2e en 2030.

C’est à dire:graph Chantonnay page 9 corrigé

  • un cumul global d’émissions de  CO2e en 2030 d’environ 1 318 Gt
  • un niveau de  CO2e atmosphérique d’environ 500ppm en 2030

Voilà ce que disent les chiffres.

Et je défie qui que ce soit de me démontrer que les chiffres se lisent autrement.


 

(*) “e” = équivalent. Plusieurs gaz contribuent à l’Effet de Serre, chacun devant être pondéré selon sa virulence et se durée de vie dans asthénosphère. Un savant calcul permet d’exprimer l’ensemble en un métrique qu’on appelle CO2e.

 

30 thoughts on “COP21 nous a trahis

  1. Pour faire abstraction des erreurs de “syntaxe scientifique” présents dans le texte (il y en a quelques unes, notamment les 36 Gt/CO2), j’aimerais juste poser une question. Mais pourquoi vouloir absolument s’en tenir au chiffre de 1000 Gt. Les modèles changent, les données enregistrées sur le terrain permettent en permanence de raffiner le tout, et si ce chiffre n’est plus cité c’est probablement qu’il n’est plus considéré comme cette point de non retour. Quant à vos calculs, si je puis donner mon avis, ils ne sont pas corrects. En effet vous considérez que tout le CO2 produit par l’Homme se retrouve tel quel dans l’atmosphère, ce qui est très loin d’être vrai. Il y a beaucoup de phénomènes naturels qui ont un impact sur la concentration de CO2 dans l’atmosphère, en particulier au niveau des océans. Vous dites que vous n’êtes pas scientifique, mais pourquoi essayez-vous donc de démonter les publications d’autres personnes en vous appuyant sur vos propres calculs qui font de grosses hypothèses très vraisemblablement incorrectes? Je suis ingénieur, et donc “scientifique”, mais je ne suis pas expert en climat et je ne me lancerais pas à faire des simulations sans avoir lu suffisamment de papiers scientifiques (techniques j’entends) me permettant de tenir compte des phénomènes principaux qui entrent en jeu.

    A propos des véhicules thermiques, je pense également qu’il n’est pas nécessaire de vouloir les bannir d’ici 15 ans. Les sommes investies en R&D par les constructeurs pour réduire les émissions sont énormes, et le coût pour arriver à bannir tout moteur thermique d’ici même 20 ans serait énorme. L’hybridation est pour le moment une bonne solution, mais c’est encore cher. Il n’y a pas de miracle, on ne peut simplement pas se passer du moteur thermique à court ou moyen terme, ses avantages restant nets par rapport au tout électrique. Et puis, même si les transports contribuent en effet à une part non négligeable des émissions de CO2, on ne changera quasiment rien en interdisant les moteurs thermiques, parce que la fabrication d’un véhicule électrique génère généralement nettement plus de CO2 que celle d’un véhicule thermique. Et puis si on doit bannir tous les moteurs thermiques, il faudrait des camions électriques, ce qui est faisable sur le papier mais qui poserait énormément de problème dans l’infrastructure pour les recharges, et il ne faudrait pas non plus oublier les avions, mais là on n’est encore très très loin de pouvoir proposer une alternative plus écologique. Il faut être rationnel.

    Et pour finir, je voulais juste donner mon avis sur cette COP21, enfin du moins sur la conclusion et l’accord. Je trouve cela extrêmement ridicule de dire qu’on va se limiter à 2°C de réchauffement d’ici 2100. Comme si l’Homme seul, par ses émissions de CO2, contrôlait le climat. C’est bien naïf… il est bien évident que les phénomènes naturels ont une influence non négligeable sur le climat, et qu’on peut très bien avoir une augmentation naturelle de 1°C d’ici-là, comme une baisse de 2°C.

    1. Merci pour cette contribution au débat.

      “Mais pourquoi vouloir absolument s’en tenir au chiffre de 1000 Gt ?”
      – Parce qu’il vient d’une source fiable : le GIEC. N’oublions pas que la mission du GIEC n’est pas de “faire de la science” mais de passer en revue les articles scientifiques déjà publiés et d’en tirer les conclusions.
      – Parce que le GIEC lui-même a révisé ce chiffre vers le bas dans la version finale d’AR5.
      – Parce que de manière générale le GIEC est critiqué au sein de la communauté scientifique pour être trop optimiste.
      – Parce que les recherches sur le terrain indiquent non seulement que les hypothèses du tiennent la route mais que les phénomènes de “feedback” s’accélèrent. Voir notamment ici. et here.
      – Si ce chiffre n’est plus évoqué c’est certainement qu’il est très gênant pour les politiques qui ne savent pas l’intégrer dans leur discours faussement rassurants.

      En effet, la majorité de nos émissions de CO2e sont absorbée par les océans. Mais elles ne sont pas autant anodines.
      – Toute cette “nouvelle” énergie contribuent à réchauffer les océans à donc à leur dilatation thermique et à l’augmentation du niveau de la mer.
      – L’acidification des océans impacte la base même de la chaîne d’alimentation dont tôt ou tard nous dépendons.
      – Plus les océans chauffent, moins ils seront capables d’absorber du CO2e. Et tôt ou tard ils commenceront à en émettre?

      Scientifique ou non, je n’ai aucun problème à lire les abstraits des articles publiés (notamment ici) et à intégrer les conclusions dans un schéma dont la tendance est de plus en claire. Ill est trop facile de cacher derrière le “je-ne-suis-pas-un-spécialiste argument. N’oublions jamais que le premier devoir du citoyen est de s’informer.

      Concernant les véhicules à moteur thermique, tout ce que vous dites est parfaitement logique. Mais à mon sens vous prenez la question par le mauvais bout. En se demandant, “Que pouvons nous faire ?” nous nous rendons prisonniers de la situation politico-économique actuelle. Il faut plutôt se demander “Que devons-nous faire ?” pour faire face à un problème complètement nouveau. En me basant sur les chiffres publiés par les experts j’essaie d’identifier ce que nous devons faire. Cette approche révèle bien sur bon nombre de problème qui paraissent insurmontables. Mais la seule réponse logique est qu’il faut trouver les moyens de les résoudre.

      “…il est bien évident que les phénomènes “naturels” ont une influence non négligeable sur le climat…” Bien sûr. A titre d’exemple, si l’agriculture mondiale était un pays, il serait le troisième pollueur après la Chine et les USA.

      Espérant avoir répondu à vos questions, bien à vous.
      Roger

      1. Tout d’abord, pour répondre à propos du GIEC, je dirais qu’effectivement, il ne fait pas l’unanimité, dans un sens comme dans l’autre, certains le trouvent trop optimiste, et beaucoup d’autres le trouvent trop “incompétent” (et je parle ici plutôt des climatosceptiques). Il y aura toujours des gens pour avoir un avis plus acerbe qu’une institution, et d’autres pour avoir un avis plus modéré, et il est parfois très difficile de savoir quelles sont les tailles relatives de ces ensembles de personnes.

        J’ai regardé les deux vidéos de votre commentaire. Effectivement il y a des phénomènes qui s’accélèrent naturellement sous l’effet du réchauffement climatique. Mais d’où faites-vous le lien avec le CO2? Rien n’en est dit dans les vidéos. Alors bien évidemment qu’un réchauffement de la planète a des effets sur les glaces et qu’il y a des tonnes de phénomènes qui prennent de l’importance par rapport à d’autres, mais je rappelle que le CO2 est loin d’être le premier facteur d’influence sur le climat. Il faisait plus chaud que maintenant vers l’an 1100, il y avait certainement moins de glace que maintenant, et pourtant le refroidissement climatique qui a suivi a permis de reconstituer la surface de glace. Il ne faut pas voir le grand méchant CO2 partout comme on est tenté de le faire quand on se base sur ce que la plupart des médias disent.

        Quant au rôle des océans, je voulais également dire une chose. Premièrement, l’eau est en équilibre avec l’atmosphère. Si de la glace fond et que le volume d’eau liquide tend à augmenter dans les régions plutôt froides, il y aura également plus d’évaporation de sorte qu’il y ait un équilibre global qui est fonction de la température. Si celle-ci augmente, il y aura proportionnellement d’autant plus d’eau sous forme gazeuse sur Terre (ce qui est bien plus significatif que le CO2 lui-même en terme d’effet de serre). Ensuite effectivement plus la température augmente et moins de CO2 peut-être dissous dans l’eau, mais on est encore loin d’atteindre la saturation. Enfin je suis loin de m’y connaître suffisamment là-dedans pour pouvoir en dire plus, c’est évidemment un phénomène complexe, mais il est toutefois évident qu’il n’est pas souhaitable que trop de CO2 soit ainsi dissout dans les océans vu l’acidification.

        Il est très bien de se renseigner sans avoir besoin d’être un expert en effet. Lire est une chose, mais tenter à son tour d’informer en est une autre. Je ne doute pas de votre capacité à comprendre les articles, mais d’avantage à choisir vos sources et à retranscrire certains faits sans tenir compte de ce qui est derrière, ça n’est d’ailleurs pas toujours présent dans les articles, même scientifiques. Ce que je veux dire, c’est qu’il est toujours facile de faire croire quelque chose à quelqu’un (volontairement ou non) en s’appuyant sur les “bons” articles. En sciences, absolument tout doit pouvoir être critiqué pour évaluer le crédit qui peut y être accordé, et un manque de rigueur n’est généralement pas un bon indicateur.

        Concernant les moteurs thermiques, certes il est bien de se poser la question sur le devoir de l’Homme plutôt que sur ses capacités. Mais il devient parfois long et inutile de réfléchir à quelque chose dont on ne peut rien extraire pragmatiquement. Tout le monde sait que, réchauffement climatique dû à l’Homme ou non, le problème énergétique est réel, et qu’il faut bien se préparer à l’après pétrole, et par conséquent, on sait ce qu’on doit faire. Mais pour agir, il faut voir ce que l’on peut faire, et manifestement on n’est économiquement pas en mesure de s’en passer à moyen terme, par contre il y a bien d’autres choses que l’on peut faire et qui peuvent avoir plus d’impact (traitement des déchets, gestion des polluants,…).

        Et pour finir, juste pour réagir sur votre remarque sur l’agriculture, je voulais juste dire qu’il ne fallait pas oublier qu’en cultivant des plantes qui font la photosynthèse, on compense (dans une mesure qu’il est assez difficile d’estimer) les émissions de CO2. C’est aussi un autre problème courant: l’analyse incomplète de nombreux facteurs entraînant parfois des conclusions opposées. Dans ce cas-ci on peut encore se poser la question de ce qui serait à la place des cultures pour avoir l’impact net réel.

        Voilà, désolé pour le roman.

        PS: Je vous invite à regarder la vidéo suivante https://www.youtube.com/watch?v=f-28qNd6ass

        1. Il y aura toujours des gens pour avoir un avis plus acerbe qu’une institution, et d’autres pour avoir un avis plus modéré, et il est parfois très difficile de savoir quelles sont les tailles relatives de ces ensembles de personnes.

          J’aime définir une “opinion” comme suit : La résultante d’une base de savoir et d’un processus de réflexion. Par conséquent, “la taille d’un ensemble de personnes” est moins importante que la qualité de leur opinion. En matière de changement climatique, c’est l’opinion des climatologues qui m’intéresse. Le fait que “seulement” 97% d’entre eux soutiennent AGW me réconforte : j’imagine que pour toute population de spécialistes il y a toujours une petite minorité qui ne sont pas d’accord. C’est plutôt rassurant, normal et sain.

          Mais d’où faites-vous le lien avec le CO2?

          J’estime que depuis la publication des 4ème et 5ème rapports du GIEC (et je les ai épluchés tous les deux), cela ne fait plus de doute. Certes, ppm pour ppm, la vapeur d’eau et pus redoutable comme GES que le CO2. Mais sa durée de vie se mesure en jours, voire en heures. Par ailleurs, l’un des effets du réchauffement global causé par le CO2 est d’augmenter le niveau de vapeur d’eau atmosphérique. En clair : plus ça chauffe, plus ça chauffera.

          mais d’avantage à choisir vos sources

          C’est pas difficile : je vérifie toujours que mes sources sont bien passées par la “peer review” telle qu’elle est pratiquée par toute publication “scientifique” digne de ce nom. A titre d’exemple, tout ce qui est publié par ou sous les auspices du Heartland Institute est par définition exclu. Cf. “Les marchands de doute” de Naomi Oreskes et Eric Conway, chez Poche – Le Pommier).

          faut bien se préparer à l’après pétrole, et par conséquent, on sait ce qu’on doit faire. Mais pour agir, il faut voir ce que l’on peut faire, et manifestement on n’est économiquement pas en mesure de s’en passer à moyen terme,

          Pas d’accord :
          – Même avec la technologie disponible, c’est possible et économiquement non seulement possible mais souhaitable. Cf. ici. There’s a much more precise article somewhere on Climate Crocks but I can’t find it!
          – La technologie actuelle est certes chère et perfectible. Mais de nouveaux produits (surtout des panneaux solaires et des batteries) sortent des labos partout dans le monde, tous plus efficaces, plus “eco-friendly” et moins chers les uns que les autres.
          – Je me répète, je sais, mais l’urgence et telle qu’il faut impérativement cesser de penser en termes de ce qui réputé “possible”. Nous devons faire plafonner nos émissions globales dans les quelques années (en non point décennies) à venir.

          Merci pour le lien vers la vidéo. Je ne l’ai pas encore regardé, mais :
          – Crichton étant décédé en 2008, on peut supposer que ce débat pré-date le 4ème rapport du GIEC. Beaucoup de choses ont changé depuis.
          – Que fait Crichton (un auteur de “thrillers”) dans ce débat ?
          – Philip Stott “has not published scholarly articles in the field of climate change, although he has published books on the subject. Also, he has researched on the construction of environmental knowledge, including global warming as a Barthesian myth, for over thirty years”. (Cf. Wiki)
          -Richard Lindzen sees fit to cite an article published by the Heartland Institute (voir ici).

          Enfin, la COP21 a mandaté le GIEC de produire un rapport spéciale sur l’évolution de la situation en 2018. Il sera très intéressant de voir comment il va réconcilier ses rapports AR4 et AR5 avec les objectifs annoncés par COP21 !

  2. Tes graphiques sont absolument ridicules. Mathématiquement, ça ne tient pas debout du tout. Mathématiquement c’est du caca de vache.

  3. Pour ma part, n’ayant rien espéré de la COP21 je ne me sens pas trahi. Il est en effet impossible que ces réunions de dirigeants puissent apporter des réelles solutions au problème climatique, qui n’est d’ailleurs qu’un problème parmi d’autres tout aussi cruciaux bien que moins médiatiques. Cela impliquerait en effet l’abandon du concept de croissance économique sur lequel le capitalisme a forgé son succès, et sur lequel le communisme a voulu le suivre. L’Europe l’avait bien précisé lors des négociations: les mesures prises ne devaient en aucun cas constituer une entrave au développement du commerce (http://www.alterecoplus.fr/cop21/commerce-ou-climat-la-commission-europeenne-a-fait-son-choix-201512101100-00002732.html). Tout était dit. Tant que nous ne sortirons pas de la logique de croissance infinie , aucune solution ne sera envisageable, tout simplement parce que cette logique est incompatible avec la préservation de l’environnement.

    1. Tout à fait. C’est justement cette thèse qui est développée de manière irréfutable par Naomi Klein dans “Tout peut changer : capitalisme & changement climatique” (chez Actes Sud).

  4. Voici quelques chiffres complémentaires utiles.
    Je crois qu’il y a quelques confusions dans les chiffres et les unités.
    Les émissions actuelles sont bien de quelque 10 GtC/an, soit 36.7 GtCO2/an.
    C’était “seulement” 6.8 GtC, soit 25 GtCO2, en l’an 2000 !
    Les graphiques présentés donnent étonnamment des milliers de Gt …
    Les valeurs émises cumulées de 1750 à 2015 sont de 413 GtC, soit 1’513 GtCO2.
    Il manque l’indication du stock actuel effectif de CO2 dans l’atmosphère :
    850 GtC, soit 3’117 GtCO2, ou 7 10^16 moles, ce qui correspond à une teneur de 400 ppm(volume) ou 605 ppm(masse, ou microgramme par gramme) en 2015, alors que ce stock était de 600 GtC, soit 2’200 GtCO2, ou 5 10^16 moles en 1750, ce qui correspondait à une teneur de 280 ppm(v) ou 427 ppm(m). L’accroissement du stock durant la période industrielle à ce jour est donc de +250 GtC, soit +917 GtCO2, ou +2 10^16 moles !
    La différence, importante, comme on le voit, se trouve principalement, sous forme de CO2, en tant que gaz dissous, d’ion bicarbonate, HCO3-, et d’ion carbonate, CO3–, dans l’eau des océans, dont le stock de CO2 est passé de 32’941 GtC, soit 120’785 GtCO2, ou 2.745 10^18 moles, à 33’104 GtC, soit 121’381 GtCO2, ou 2.759 10^18 moles.
    Cet accroissement de 163 GtC, soit 596 GtCO2, a fait diminuer le pH moyen de 8.17 à 8.06, un pH qui reste encore largement alcalin (>7). D’autre part, le pH croît légèrement avec la température de l’eau.
    On calcule que lorsque la teneur atmosphérique aura doublé depuis le début de l’ère industrielle et sera donc de 560 ppm(v) ou 855 ppm(m), le stock de l’atmosphère sera alors de 1’200 GtC, soit 2’200 GtCO2, ou 1 10^17 moles, l’accroissement aura été de 5 10^16 moles.
    La question est de savoir, étant donné l’immense capacité de l’eau des océans à absorber le CO2, quelle devra être le cumul des émissions pour atteindre ce doublement à 560 ppm(v).
    Ce calcul est partiellement donné dans le Chapitre 3, dans le tableau FAQ 3.3 Table 1, p. 298 du rapport du GIEC : la concentration du CO2 total dans les océans passera des 1’960.8 micromoles/kg d’eau à 2’080.5. Le pH sera passé de 8.17 à 7.92 (calcul à 22 °C) et restera encore alcalin. Avec cette concentration connue sous une atmosphère à 560 ppm(v) en CO2, on calcule que le stock de CO2 dans les océans sera passé de 32’941 GtC, soit 120’785 GtCO2, ou 2.745 10^18 moles, comme déjà vu, à 34’952 GtC, soit 128’159 GtCO2, ou 2.913 10^18 moles. L’accroissement sera donc de 2’011 GtC, soit 7’373 GtCO2 dans le stock des océans. Le cumul émis depuis 1750 sera donc de 2’611 GtC, soit 9’573 GtCO2, soit le sextuple de la valeur actuelle qui est de 413 GtC, soit 1’513 GtCO2, comme déjà vu… En admettant que l’on plafonne les émissions futures à 55 GtCO2 par an, comme il est prévu d’y arriver en 2030, et qu’ensuite on ne baisse pas, il faudrait 145 ans à ce rythme pour arriver à émettre encore ces 2’611 GtC, soit 9’573 GtCO2 cumulés depuis 1750, correspondant à une teneur de 560 ppm(v). Quel sera l’effet sur l’élévation de température dans 145 ans de ces 560 ppm(v) ? C’est une autre question…

    1. J’ai corrigé les graphiques, qui ne font plus référence à des milliers de Gt. Ce fut une bêtise de ma part et je vous remercie d’y avoir attiré mon attention. Ce genre d’erreur peut décrédibiliser le reste de mon argument.

      Quant aux différentes métriques (GtC, GtCO2, moles), je ne vous cache pas que j’ai dû googlé mole ! J’ai compris l’explication mais j’estime que c’est beaucoup trop compliqué pour le lectorat que je vise dans ce blog. Je ne suis pas un spécialiste et il ne faut pas que je fasse semblant d’en être. J’essaie d’expliquer ce qui se passe de la manière la plus simple, c’est pourquoi je préfère utiliser CO2e partout. Pour la même raison j’ai fait le choix de ne pas faire référence au « stock » de CO2 dans l’atmosphère.

      Ce qui compte, c’est la proportion de CO2e dans l’atmosphère et son évolution passée, présente et future. Je trouve ce graphique de la NASA particulièrement parlant.

      Toutefois, si jamais je tombe dans le piège de glisser du simple vers le simpliste, là il faut me le dire.

      Votre utilisation de l’apostrophe (« …soit 1’513 GtCO2 ») me laisse perplexe. S’agit-il d’une erreur typographique pour le séparateur des milliers, ou d’une notation particulière que j’ignore ?
      Je n’ai pas consulté le tableau page 298 du GIEC. Je n’ai lu que le résumé pour décideurs, pour la bonne et simple raison que je me sais incapable de suivre le détail des calculs. D’ailleurs ce n’est pas mon rôle. Dans mon blog j’essaie :

      – de faire savoir l’existence même du GIEC (eh oui !), la nature de sa mission et son statut de référence générale ;
      – de communiquer ses conclusions et d’en faire des extrapolations afin d’en démontrer les implications à court et à moyen terme ;
      – de faire comprendre que l’AR5 se base sur la science des sept années précédentes (2007 à 2014), que la science continue et que les tendances identifiées par le GIEC se confirment et s’accélèrent ;
      – de souligner le besoin impératif d’une action radicale et rapide.

      L’ignorance du grand public est terrifiante. J’en tiens pour responsables les médias et les politiques, bien sûr, mais aussi les scientifiques qui n’osent pas dire haut et fort (à propos par exemple des déclarations mensongères qui ont suivi la COP21), « Bullshit ! » – pour peur de se faire accuser de « faire de la politique ».

      J’espère qu’en précisant mes termes de référence j’ai répondu aux points que vous soulevez. Je compte sur des lecteurs attentifs comme vous de m’aider à corriger le tir si besoin est.

      Encore merci.
      roger

  5. SVP, prendre note de la correction de l’antépénultième alinéa :

    On calcule que lorsque la teneur atmosphérique aura doublé depuis le début de l’ère industrielle et sera donc de 560 ppm(v) ou 855 ppm(m), le stock de l’atmosphère sera alors de 1’200 GtC, soit 4’400 GtCO2, ou 1 10^17 moles, l’accroissement aura été de 600 GtC, soit 2’200 GtCO2, ou 5 10^16 moles.

    1. Il est tard et je viens juste de découvrir vos commentaires.

      D’abord, un grand merci pour ces précisions.

      Je suis loin d’être sûr d’avoir tout compris. Je crois que j’ai du pain sur la planche avant de pouvoir vous répondre de manière détaillée !

  6. Pour tous les climatosceptiques :
    Yves Fouqart met les points sur les i dans une conférence donnée le 2 octobre 2015 lors d’une soirée spéciale “Le climat change et vous ?” organisée par L’Ecol’Aube.
    http://www.ecolaube.com/?p=307
    Et puis une fois que vous aurez écouté cela et bien continuez à lire, à creuser, à étudier … seulement après vous pourrez dire quelque chose de raisonnable à propos du climat.

    1. Un grand merci pour cette chose rare : une ressource authentique en langue française. Dans l’infosphère il y a tout ce qu’il faut pour se forger une opinion valable sur le changement climatique, mais la quasi-totalité des infos disponibles est en langue anglaise. C’est pourquoi j’ai fait le choix d’écrire surtout en français sur ce blog concernant le changement climatique.

      Si vous avez d’autres bijoux de genre, s’il vous plaît n’hésitez pas à les partager.

      Bon vent à vous
      roger

      1. Bonjour,
        Il y a aussi mon livre “Rejets de CO2: On ne vous a pas tout dit !” aux éditions Favre 2013 http://www.amazon.fr/Rejets-CO2-vous-pas-tout/dp/2828913384
        et puis mon site internet :
        http://www.conference-climat-energie.ch
        avec des conférences téléchargeables (fichier pdf), par exemple :
        http://www.conferences-climat-energie.ch/ConferencesClimatEnergie/TelechargementConferences_files/WEC2011JCKeller-1.pdf
        Ou encore cette conférence que j’avais donnée à plusieurs reprises en 2009 en démontant l’argumentation de Vincent Courtillot :
        http://www.conferences-climat-energie.ch/ConferencesClimatEnergie/TelechargementConferences_files/IMT-NE.pdf
        Salutations
        Jean-Claude Keller

    2. Honnêtement je ne suis pas convaincu par ce Yves Fouquart. Il conteste seulement certains arguments climatosceptiques, pas de façon forcément judicieuse, mais surtout je trouve qu’il a une attitude contradictoire: d’un côté il dit qu’il faut regarder le climat sur 30 ans pour voir des tendances objectives, et de l’autre il s’appuie sur des évolutions de températures assez brèves. Ce qui me marque surtout chez lui, c’est cette apparente volonté de dénigrer le climatoscepticisme en caricaturant certains de ses arguments. Il évoque notamment le fait que les climatosceptiques utilisent des données spécifiques pour montrer que le réchauffement est plus faible que décrit, voire inexistant, ce qui est tout à fait faux. Les gens qui remettent en question le fait que la température moyenne mondiale a augmenté de 0.6°C depuis 1850 sont des idiots, pas des scientifiques. A nouveau je me pose la question de la validité de ses sources en particulier pour la courbe des températures. Je mettrai ci-dessous un lien vers une conférence d’un scientifique français qui présente une correction des courbes habituellement utilisées.

      La dernière chose que je voulais commenter, c’est les fameux 97% d’articles qui se positionnent en “faveur” d’une responsabilité humaine dans le réchauffement climatique actuel. Le problème que je vois, c’est que puisque c’est la doctrine qui domine et globalement la seule qui est évoquée à l’école ou dans les médias, c’est le parti que tout le monde prend “de base” jusqu’à preuve du contraire, certains en faisant pratiquement une religion. Même pour les scientifiques, l’idée est majoritaire puisque peu de gens vont vraiment faire des travaux là-dessus et se faire une opinion contraire. D’ailleurs la vidéo ci-dessous le montre bien (“Je croyais, comme tout le monde”). Ceci explique un manque d’impartialité dans pas mal d’articles, en particulier sur les plateformes communautaires (je pense à Wikipédia) qui ne constituent pas, dans ce genre de matières, une source 100% fiable et objective.
      D’ailleurs, puisque je suis là-dedans, il y a aussi quelque chose qui me gène dans le dénigrement systématique du climatoscepticisme: bien souvent, on l’attribue à des intérêts économiques et on cherche à faire passer ces gens pour des menteurs qui cherchent uniquement à induire la population en erreur pour leurs intérêts. Mais pourquoi ne serait-ce pas le cas dans l’autre camp? N’y a-t-il pas aussi un lobby des énergies renouvelables? N’y a-t-il pas des gens que ça dérangerait qu’on se soit alarmé pour rien?

      Voici donc la vidéo dont je parle: https://www.youtube.com/watch?v=G7JO8qcdHZw (il y a un extrait de journal télévisé qui n’a rien à voir avant la conférence, vous pouvez directement avancer à 2:22).

      1. 1972: le Club de Rome publie le rapport Meadows, tellement dérangeant dans ses prévisions qu’il est immédiatement critiqué et décrédibilisé selon les techniques décrites par Yves Fouquart.
        Années 2000: les prévisions et graphiques du rapport Meadows se vérifient, mais vous préférez considérer que la quasi-unanimité des scientifiques sur l’origine anthropique du changement climatique est en soi une source de suspicion, ou mettre en balance le lobby des énergies renouvelables avec les intérêts économiques faramineux liés aux énergies fossiles. Sérieusement???

        1. Je n’utilise pas la théorie du complot pour appuyer mes arguments, tout ce que je dis c’est que vu le caractère religieux que ça a pris, les fameux 97% ne sont pas forcément une preuve en soi. Il est incontestable qu’une augmentation de CO2 dans l’atmosphère renforce l’effet de serre, la vraie question c’est de savoir dans quelle mesure l’Homme a contribué à l’augmentation observée. Prenez le temps de regarder les vidéos que j’ai mises en commentaire avant de vous baser uniquement sur les contre-attaques d’une partie. En l’occurrence tous les climatosceptiques n’utilisent pas les arguments “démontés” par Yves Fouquart.

          Vous savez, comme “tout le monde”, j’ai toujours pris pour acquis que le réchauffement climatique était causé par l’augmentation des émissions de CO2 par l’Homme. Puis un jour pendant mes études, dans un très bon cours sur les énergies renouvelables où plusieurs intervenants extérieurs sont venus nous faire des présentations, est venu Etienne Juvigné, climatosceptique avéré. Sachant cela d’avance, nous étions sûrs de bien nous amuser à le regarder s’enfoncer devant un amphitéâtre plein d’ingénieurs convaincus du rôle de l’Homme là-dedans. Et pourtant, une heure plus tard, nous nous posions tous énormément de questions, personne n’étant en mesure de contredire ce qui venait d’être présenté. Et à ce jour, personne n’a réussi à me convaincre dans l’autre sens. Alors oui, je suis sérieux, et non je n’ai pourtant aucun intérêt à avoir cette opinion, le secteur de l’énergie renouvelable étant très demandeur d’ingénieurs et brassant pas mal d’argent en Europe. Et je ne mets pas en balance le lobby des énergies renouvelables avec celui des énergies fossiles, je n’ai jamais dit qu’on parlait des mêmes montants, mais ce que je dénonce, c’est que dès que quelqu’un ose émettre un doute quant à l’origine anthropique du réchauffement, on lui cherche un sponsor pétrolier ou que sais-je pour prouver sa mauvaise foi, mais jamais dans le cas inverse ne peut-on ne fut-ce qu’imaginer qu’une personne qui a la pensée “juste”ne peut y avoir des intérêts. Soyons objectifs, et constructifs. J’ai la faiblesse de penser par ailleurs que votre précédent commentaire était quelque peu dénigrant, ce n’est pas comme ça qu’on alimente un débat de qualité.

          Pour finir, même si j’attends qu’on m’apporte d’avantage d’arguments prouvant l’origine anthropique du réchauffement climatique actuel, ce n’est pas pour ça que je prône la consommation abondante de ressources fossiles (et d’ailleurs les climatosceptiques sérieux ne le font pas non plus). Il y a un doute et l’Homme se doit de limiter son impact sur l’environnement. De toute façon, les énergies fossiles doivent être remplacées puisqu’on n’en dispose qu’en quantité limitée. Ce que je pense par contre, c’est que même si les émissions de CO2 doivent être contenues, il y a peut-être d’autres priorités écologiques (SOx, NOx, déchets,…) et que le CO2, même s’il doit être contrôlé, devrait peut-être ne pas avoir le premier rôle de façon systématique.

          1. Dans l’art de l’enfumage, Vincent Courtillot est un maître. Un virtuose! J’ai mordu sur ma chique pour regarder sa prestation, encadrée par deux séquences débiles que je me suis empressé de zapper mais qui en disent long sur les mécanismes utilisés pour semer le doute. Je me limiterai à 3 exemples:
            – à la 13e minute, sans doute pas bien échauffé, Courtillot emploie la technique mesquine du saucissonnage pour mener son auditoire sur la voie du scepticisme.
            – à la 31e, il passe à l’artillerie lourde, en démontrant que la courbe de concentration de CO2 suit celle des variations de t°, et non l’inverse. N’ayant pas d’arguments contraires en ma possession, j’en prend acte. Mais il amène son auditoire à en tirer la conclusion que les variations de concentration de CO2 ne peuvent pas avoir d’effet sur les variations de t°, et là je dis chapeau l’artiste!
            – à la 38e, il attaque son sujet favori: l’activité solaire. Jusque dans les années 80, les variations de t° ont plus fidèlement suivi celles de l’activité solaire que quoi que ce soit d’autre. En annonçant que le réchauffement climatique a débuté en 1850, puis en 1950 après correction, les “réchauffistes” se seraient donc fourré le doigt dans l’oeil. Le problème, c’est que depuis les années 80 l’activité solaire baisse et que la t* continue à monter (quoi qu’il prétende par ailleurs), démontrant ainsi par l’absurde que l’augmentation de t° est en train de se dissocier des phénomènes naturels.

            Là où je vous rejoins, c’est qu’en effet le changement climatique est loin d’être le seul gros problème auquel nous avons à faire face. Mais il se distingue de tous les autres sur un point: c’est le seul dont l’incompatibilité avec notre système économique productiviste est manifeste. C’est pourquoi il est si violemment attaqué. C’est aussi pourquoi les solutions proposées n’en sont pas. Et il est ironique de constater à quel point les climato-sceptiques se ruent sur le business qui se développe autour de la question climatique pour “démontrer” que celle-ci est une arnaque. Ce qui est une arnaque, c’est de faire croire que des mécanismes de marché pourront à eux seuls nous sortir de ce mauvais pas, sans parler des autres: disparition de l’humus, 6e extinction des espèces, accès à l’eau potable, déchets, etc…

      2. Les gens qui remettent en question le fait que la température moyenne mondiale a augmenté de 0.6°C depuis 1850 sont des idiots…

        Hélas, non. Enfin pas tous. Ils sont plutôt les victimes d’une campagne de désinformation très subtile et très efficace montée et perpétuée par des “think tanks” américains comme – notamment – le Heartland Institute, le Competitive Enterprise Institute, le Marshall Institute, ou en Angleterre le Global Warming Policy Foundation. Ces organisations sont prêtes à tout pour maintenir le “doute scientifique” qu’ils ont eux-mêmes montée de toutes pièces, bien que la science soit assez claire depuis la publication du rapport Revel dans les années 1960. A ce sujet, il faut absolument lire “Les marchands de doute” de Naomi Oreskes et Eric Conway.

        Le problème que je vois, c’est que puisque c’est la doctrine…

        Il n’y a pas de doctrine en matière scientifique. Par définition, une doctrine est dogmatique et donc incapable d’évoluer. En science, on commence par une question, on formule une hypothèse et celle-ci peut, en fonction des expériences et des observations, être accordée le statut de “théorie” : c’est-à-dire, la meilleure explication aujourd’hui de ce qui a été observé. Mais ça ne va pas plus loin. Même la théorie de la Relativité demeure justement une théorie. Et, comme Richard Dawkins l’a dit, très succinctement, la découverte d’un seul lapin fossilisé vieux de 50 millions d’années remettrait en cause toute la théorie de l’Evolution.

      3. Si vous êtes intéressés à en savoir plus sur la façon dont Vincent Courtillot s’y est pris dans sa fameuse conférence de Nantes donnée en septembre 2009 ( http://www.docusdunet.net/vincent-courtillot-la-conf-rence-de-nantes.html ) et qui est la même conférence de votre lien (avec l’extrait du téléjournal ajouté au début), alors téléchargez le fichier pdf d’une conférence que j’ai donnée à plusieurs reprises en 2009 déjà, dans laquelle je démonte son argumentation sur la base d’articles scientifiques !
        Voir :
        http://www.conferences-climat-energie.ch/ConferencesClimatEnergie/TelechargementConferences_files/IMT-NE.pdf
        Bonne suite pour l’étude de toutes ces informations.

          1. Une remarque concernant le nombre 1’513 (avec une apostrophe comme séparateur au lieu d’un “fragile” blanc, soi-disant insécable) : cela relève d’une volonté de représentation des nombres non ambiguë. Comme vous le savez, les anglophones utilisent le point décimal, et la virgule pour séparer les milliers, alors que les germanophones et les italophones font exactement l’inverse, et que les francophones, bien qu’utilisant aussi la virgule décimale, mettent un blanc (normalement insécable !) entre les milliers, alors que les Suisses hésitent entre le point et la virgule décimale. Dans Excel, vous pouvez choisir l’un ou l’autre et, pour les milliers, choisir aussi l’apostrophe comme séparateur ! Ainsi un grand nombre avec une ou des apostrophes comme séparateurs (123’789) et avec soit une virgule soit un point décimal n’est pas ambigu, alors que 123,789 ou 123.789 restent ambigus si des décimales explicites ne sont pas données 123,789.456 ou 123.789,456 ! La seule règle est que, contrairement aux écritures ambiguës, les signes des décimales sont toujours situés en bas, un point ou une virgule, alors que les séparateurs devraient toujours être situés en haut (une apostrophe ou un blanc insécable). Mais le blanc a un inconvénient majeur, il est souvent séparé en bout de ligne dans des textes, et une fonction de “search” ne voit pas un nombre, mais deux, et donc il semble y avoir deux. P.ex. le nombre 123 789 est ici coupé s’il y a un blanc . Je m’en tien donc à l’apostrophe de séparation des milliers, sauf pour les années (ça c’est une autre considération…).

            Concernant le cumul et le stock, je répète qu’il est très important de faire la différence et de toujours bien considérer les deux chiffres, car le cumul émis par l’Humanité (1’513 GtCO2 depuis 1750) n’apparaît de loin pas dans le stock atmosphérique qui n’a crû “que” de 917 GtCO2 (pour passer de 2’200 à 3’117 GtCO2), mais dans le stock dissous dans les océans (pour passer de 120’785 à 121’381 GtCO2, soit un accroissement de 596 GtCO2).
            C’est pourquoi, pour atteindre les hypothétiques 500 ppm(v) atmosphériques, soit un stock de 3’960 GtCO2 dans l’atmosphère, le cumul émis devra être alors de 4’833 GtCO2, soit plus du triple de la valeur du cumul actuel. L’accroissement du stock atmosphérique sera de “seulement” 1’760 GtCO2 et celui du stock des océans, bien majoritaire, de 3’073 GtCO2. Ne pas oublier que la loi de Henry prescrit que plus la pression partielle du gaz augmente, plus il s’en dissout. Conclusion : ces hypothétiques 500 ppm(v) atmosphériques ne seront donc de loin pas atteints en 2030 au rythme de quelque 35, voire 40 GtCO2 émis par an.

        1. Félicitations pour la mise en page de votre livre avec les paragraphes de résumé en gras. Cela m’a permis en effet de parcourir votre pensée en très peu de temps.

          Toutefois, je suis très surpris de lire (p 49)

          Il est maintenant scientifiquement établi que le renforcement de l’effet de serre, dû à l’augmentation rapide de la concentration de gaz carbonique atmosphérique, a été à l’origine du réchauffement climatique au cours des périodes interglaciaires.

          Je suis curieux de savoir les références qui vous permettent cette affirmation.

          J’au cru comprendre que la dynamique de base était tout le contraire. C’est l’alignement des trois cycles de Milankovitch, tous les 100’000 ans, qui fait que la Terre reçoit un peu plus d’énergie solaire. Peu, mais assez pour déclencher un léger réchauffement des océans qui, de ce fait, libèrent du CO2. Le CO2 ainsi libéré contribue à l’effet de serre qui, à son tour, contribue au réchauffement des océans. Ce processus continue pendant environ 10’000 ans, toujours sous l’influence du pic de Milankovitch. Ensuite la température diminue, le processus s’inverse et la Terre reprend lentement son état naturellement stable, qui correspond à ce nous appelons une ère glaciaire.

          Autrement dit, pendant au moins 800’000 ans le Système Terre était relativement stable, les variations de température variant de seulement 15° et la concentration de CO2 atmosphérique de 200 à 300 ppm. Le climat et le niveau de CO2 atmosphérique étaient déterminé par la température et les changements de climat s’opéraient sur des périodes allant de 10’000 à 90’000 ans.

          Mais, en l’espace de 250 ans (c’est-à-dire de manière quasi instantanée), l’activité humaine a poussé le niveau de CO2 atmosphérique à 400 ppm de manière artificielle. Par ailleurs, selon les projections de COP21, nous atteindrons les 500 ppm à l’horizon de 2030-35. Le Système Terre, dont la stabilité reposait sur un équilibre très délicat et des périodes d’adaptation très longues, n’a pas de réponse à ça. L’équilibre du système global a été fracassé. Désormais c’est le niveau de CO2 atmosphérique qui détermine et déterminera la température. Nous avons inversé la dynamique de base. C’est un changement à l’échelle géologique et tout laisse croire que les conséquences seront catastrophiques.

          1. Je manque de temps pour développer ma réponse.
            Alors très en gros voici :
            La période glaciaire dure environ entre 80’000 et 90’000 ans, la période interglaciaire dure entre 10’000 et 20’000 ans. Il y a donc des mécanismes de boucles de rétroaction positives qui ont lieu dans les périodes de réchauffement. Et ce sont ces fameux rejets de CO2 dont je parle dans mon livre. Il faut lire attentivement les pages 47 à 49 de mon livre ainsi que les articles scientifiques qui s’y rapportent et mis en référence (n°25 à n°29).
            Il y a aussi des explications sur les dias 9 et 10 de la présentation téléchargeable en pdf depuis mon site :
            http://www.conferences-climat-energie.ch/ConferencesClimatEnergie/TelechargementConferences_files/WEC2011JCKeller-1.pdf
            À l’époque, il est clair que les cycles glaciaires-interglaciaires sont “amorcés” par les cycles astronomiques (Milankovitch), mais l’effet de serre dû au CO2 rejeté massivement (surtout par les océans de l’hémisphère sud à cause de la débâcle glaciaire dans l’hémisphère nord qui perturbe complètement les courants océaniques sur toute la planète) accélère le réchauffement par effet de serre. À l’époque l’augmentation rapide de CO2 dans l’atmosphère (donc de l’effet de serre) était due à ces rejets provenant des perturbations des courants océaniques. Aujourd’hui, c’est l’homme qui en est à l’origine.
            Il y a aussi ces explications (avec d’autres) en français sous :
            http://www.conferences-climat-energie.ch/ConferencesClimatEnergie/TelechargementConferences_files/IMT-NE.pdf

            Tout cela n’est pas une démonstration, c’est juste quelques infos faute de temps …
            Il ne faut pas oublier qu’il y a une grande différence de comportement entre l’hémisphère nord et l’hémisphère sud durant ces cycles glaciaires-interglaciaires … Cela joue un grand rôle …

            Vous pouvez aussi télécharger d’autres fichiers pdf depuis mon site :
            http://www.conferences-climat-energie.ch/ConferencesClimatEnergie/TelechargementConferences.html
            Bonne lecture !

  7. @ M. Keller : Merci pour votre avis ! Je crois que vous parlez de la figure 6.1 à la p. 471… Je la connais bien, naturellement ! Mais je suis parti du tableau FAQ 3.3 Table 1, p. 298, pour avoir le total en GtC à partir des concentrations de C données en micromol/kg d’eau des océans.
    Connaissant la masse des océans (1.4 10^21 kg ou 1.4 10^9 Gt (ou Pg), on arrive au stock en GtC, soit 32’941 en 1750 et 33’104 en 2015, alors que la figure 6.1 donne 37’100, un chiffre un peu plus élevé qui serait encore à expliquer.
    Lorsqu’il y aura 500 ppm(v) dans le stock de l’atmosphère, le stock des océans sera passé à 33’779 et lorsqu’il y aura eu doublement des 280 ppm(v) préindustriels aux 560 ppm(v), le stock des océans sera de 34’952 GtC, alors que le stock dans l’atmosphère sera passé de 600 Gt à 1’200 Gt (par définition du doublement !), mais le cumul total émis sera alors de 2’611 Gt alors que nous en sommes à 412.54 Gt en 2015. C’est pourquoi je dis que cela n’arrivera pas en 2030, même avec 10 Gt d’émissions de plus par an.

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