Les scientifiques du GIEC sont victimes de leurs maîtres politiques.

Ce 5e rapport du GIEC sera la référence en matière de changement climatique jusqu’en 2020… hélas. Il aura, certes, le mérite d’avoir établi une bonne fois pour toutes (i) que le réchauffement global est une réalité, qui (ii) est principalement dû aux émissions de CO2 et (iii) aura un effet fort et fortement négative sur les conditions de vie sur Terre. Mais il aura manqué de fournir le choc salutaire qui est, selon toute vraisemblance, la condition sine qua non d’une prise de conscience par la communauté politique globale. Par conséquent, il permettra aux politiques de continuer à tergiverser pendant encore sept ans, et la situation ne pourra que s’empirer.

J’ai identifié trois domaines qui méritent d’être regardés de plus près. Dans cet article, je traite du premier d’entre eux :

Le scénario +2°

Ce scénario envisage, d’ici à l’an 2100, une augmentation de la température moyenne à la surface de la Terre, par rapport à l’an 1850, de 2°. C’est devenu le scénario de référence. Jusqu’à +2°, nous dit-on, les dégâts ne seront pas trop graves. Mais qui est cet « on » ? Ce n’est pas le GIEC. J’ai épluché l’AR5 (j’ai même fait un copier-coller vers Word et cherché chaque occurrence de C°2) sans trouver la moindre mention d’une dangerosité relative en dessous ou au-delà de +2°. Ce fut l’accord de Cancun en 2010 qui grava ce chiffre dans la pierre : c’est-à-dire une assemblée de politiques…

Quelle confiance peut-on avoir en ce plafond de 2° ? Nous en sommes aujourd’hui à +0,85°, chacune des trois dernières décennies a été, successivement, la plus chaude depuis 1850 et la période de 30 ans 1983-2012 a été la plus chaude depuis au moins 1.400 ans (probabilité 66-100%). D’ailleurs, depuis les années 1950, on observe des changements qui sont sans précédent pendant des milliers d’années (cf.§B et B1, page 3). Il serait une erreur que de supposer que nous observons aujourd’hui la totalité de l’effet de cette augmentation de 0,85°. Notre biosphère, inimaginablement vaste et complexe, est toujours en train d’absorber cette énergie. Le GIEC lui-même dit que la température des océans va continuer à monter pendant des siècles (page 20). Les phénomènes que nous observons (événements météorologiques extrêmes, fonte des glaces, perturbation du cycle d’eau…) ne sont donc que le début de l’effet d’un seul petit degré d’augmentation. N’oublions pas que le changement induit le changement : trop de CO2 dans l’atmosphère fait fondre le permafrost et libère davantage de CO; la fonte des glaces fait grimper le taux d’absorption de l’énergie solaire à la surface de la Terre. Il y a un réel danger que le taux de changement devienne exponentiel. Que l’on m’explique alors comment il est possible d’affirmer que nous pourrons vivre avec les conséquences d’une augmentation non pas d’un mais de deux degrés !

Toujours est-il que l’AR5 dit qu’il est possible de limiter l’augmentation de température à 2° en réduisant les émissions de CO2. Il analyse quatre scénarios (RCP2.6 – 4.5 – 6.0 – 8.5) impliquant successivement une moindre diminution des émissions de CO2. La clé de voûte serait le total cumulé de toutes nos émissions de CO2 depuis 1850. Ce total ne devrait pas dépasser les 1,000 GtC : 1,000,000,000,000 tonnes de carbone. Ce serait en quelque sorte le budget dont nous disposons. Mais nous en avons déjà dépensé 530 GtC et les émissions de CO2 n’ont jamais été aussi élevées qu’elles le sont aujourd’hui. Autant dire que l’échelle des réductions nécessaires est incompatible avec notre mode de vie actuelle.

Finalement, regardons les chiffres de l’AR5 par rapport à ceux de la MIT en 2009. Je ne vous cache pas que je n’ai rien compris à ce graphique dans l’AR5 (et le paragraphe explicatif, page 14, est encore pire !) :

AR5 temperature rise

Par ailleurs, son graphisme est incompatible avec celui de la MIT (Massachusetts Institute of Technology). J’ai donc réuni les chiffres des deux études dans un même tableau afin d’y voir plus clair. 

Tableau comparatif

Là, en effet, on voit beaucoup plus clair. On voit que là où le GIEC envisage une augmenta-tion de 4°, la MIT prévoit 5°… avec la même probabilité. Mais l’augmentation de 4° correspond au pire des quatre scénarios du GIEC, celui qui se base sur une réduction minimale des émissions de CO2. En d’autres termes, les colonnes D (GIEC) et E (MIT) disent sensiblement la même chose. En revanche, la probabilité de 95% accordée par la MIT à une augmentation de 3,5° n’apparaît pas dans les valeurs du GIEC. Et pour cause : aucun des scénarios du GIEC ne tient compte de la possibilité que les émissions de CO2 ne seraient pas réduites du tout.

D’ailleurs c’est là, l’énorme mensonge d’omission imposé aux rédacteurs de l’AR5 par leurs maîtres politiques. C’est très subtil et parfaitement machiavélique. Car l’AR5 va être la référence pendant de nombreuses années, mais personne ne pourra le citer pour le scénario le pire de tous : zéro réduction des émissions de CO2. Et à celui qui citera, par exemple, les 3,5° de la MIT sera reproché de ne pas tenir compte de la référence en la matière. Catch 22 !

En résumé

  • Rien ne laisse supposer que le seuil des +2°, défini arbitrairement par les politiques, garantit la pérennité de la civilisation telle que nous la connaissons.
  • Personne ne pourra se prévaloir de l’autorité du GIEC pour rappeler ce qui nous attend si nous ne réduisons pas radicalement nos émissions de CO2.
  • L’AR5 aura ainsi faussé le débat et donné aux politiques la possibilité de suivre aujourd’hui le chemin le plus aisé qui va tout droit vers la catastrophe demain.

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