Changement climatique : qu’est-ce que je peux faire, moi ?

Ça va faire bientôt trois ans que je me penche sur la question du changement climatique, avec de plus en plus de sérieux. Je ne cesse de lire et d’apprendre et rien de ce que j’apprends n’inspire ni ne justifie le moindre optimisme.

Mon point de départ fut une conférence de Dan Miller, que vous trouverez ici. Miller appelle sa présentation « A Really Inconvenient Truth », en évoquant celle d’Al Gore intitulée « An Inconvenient Truth » (Une vérité qui dérange) et devenue célèbre. Je n’avais pas vu le film de Gore mais j’étais au courant du message : le débat scientifique est fini, le réchauffement global est bel et bien une réalité, ce sont nos émissions de CO2 depuis 250 ans qui en sont à l’origine et il faut qu’on arrête de faire le con. Depuis, Gore a mis en place toute une organisation pour informer et former des milliers de personnes partout dans le monde. C’est l’approche classique « grass roots » ; c’est admirable, c’est parfaitement raisonnable… et ça ne sert pas à grand-chose.

Si le discours de Gore est basé sur les rapports du GIEC, celui de Miller, qui prend en compte des études plus récentes, fait plutôt état de tout ce que le GIEC#4 ne disait pas. La fonte du permafrost, par exemple, ou des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique ne sont pas pris en compte, pour cause de « données insuffisantes », alors que ce sont des domaines susceptibles d’avoir un impact colossal sur l’ensemble du système Terre.

C’est là que j’ai commencé à regarder d’un autre œil les nombreux articles disant que si les chiffres du GIEC étaient, certes, irréfutables et alarmants, ils n’étaient point alarmistes. Bien au contraire, ils étaient sérieusement incomplets et, de ce fait, très optimistes.

Ce fut en 2012 et on attendait avec impatience la parution du GIEC#5 en septembre 2013. Je préparais une première conférence, intitulée « Tout ce qu’on ne vous dit pas sur le changement climatique », que j’allais présenter à une association locale, en reprenant le message de Miller à ma sauce.

Puis vint le GIEC#5 et la déception fut énorme : déception sur la teneur même du rapport, mais aussi déception due au non-impact qu’il a eu dans les médias.

Concernant les changements à venir, la principale conclusion du GIEC est la suivante :

De nouvelles émissions de gaz à effet de serre impliqueront une poursuite du réchauffement et des changements affectant toutes les composantes du système climatique. Pour limiter le changement climatique, il faudra réduire notablement et durablement les émissions de gaz à effet de serre.

Euh… ben, oui. On le sait déjà depuis longtemps. Mais pourquoi ce chuchotement discret ? “Excusez-moi, messieurs les dirigeants politiques, je ne voudrais pas vous embarrasser et encore moins vous bousculer, mais est-ce que je peux me permettre de vous signaler que… bon, c’est vrai que ça m’embête de le dire à voix haute, mais là-bas il y a le feu.” Franchement… ! On dirait que les scientifiques font exprès de se cacher derrière le langage dédramatisé du métier. Mais en voulant éviter, coûte que coûte, de passer pour des alarmistes, ils finissent par étouffer des nouvelles qui sont proprement alarmantes.

Quant aux médias, ils ne font pas leur boulot. C’est aussi simple que ça. Ils sont censés faire le lien entre le langage codé des scientifiques et la compréhension du grand public, au lieu de quoi ils se contentent de répéter le message sans en proposer une traduction ; et ce pour peur, eux aussi, d’être pris pour des alarmistes. Mais il faut expliquer au public ce que ça veut dire quand un scientifique parle d’une probabilité de 95% ! Pire, les médias s’obstinent à vouloir nous faire croire que le débat scientifique se poursuit, en accordant une place complètement disproportionnée aux dires des climatocons.

Quand les scientifiques parlent entre eux, les choses sont autrement plus claires. Lorsqu’une centaine de climatologues se sont réunis à Oxford en septembre 2009, l’un des conférenciers, Mark Lynas, avait pour sujet : “4° de changement – alarmiste ou réaliste ?”. En début de session il a demandé aux participants d’indiquer leur pensée de manière informelle : toutes les mains se sont levées pour réaliste. Comme le dit Clive Hamilton (Requiem pour l’espèce humaine, p. 192) :

Les avis ont changé. Maintenant +3° à +4°, c’est réaliste ; +5° à +6°, c’est pessimiste ; et +7° à +8° c’est alarmiste.

Alors, les calottes glaciaires vont fondre, la mer va monter, et rien ne sera plus jamais comme avant. Il faut bien se le mettre dans la tête.

On me demande souvent : “Mais qu’est-ce que je peux faire, moi ?”  Acheter la nourriture en circuit-court, boycotter des produits toxiques pour l’atmosphère, éteindre la lumière en sortant de la pièce, éviter le gaspillage d’eau… Tout cela ne servirait à rien ? Eh, bien, ça ne fait pas de mal, c’est sûr. Et sur le plan moral (trop souvent oublié dans la quête d’une solution économique), ça devrait aller de soi. Mais il ne faut pas se leurrer : ce n’est même pas une goutte dans l’océan du problème global. En plus (peut-être surtout), il faut se méfier du sentiment de déculpabilisation : “Bon, je fais ce que je peux, tant pis pour le reste…”

Je voudrais croire que nous nous réveillerons à temps pour sauver le monde de nos petits-enfants ; croire que l’Homme est moins con qu’il n’en a l’air ; croire en la technologie ; croire qu’il suffit de croire. Croire, c’est réconfortant. Mais je ne crois pas, je pense. Je pense que si on avait la moindre compréhension du fait qu’on est dans un trou, il y a belle lurette qu’on aurait cessé de creuser. Mais on creuse, on creuse, aveuglement, stupidement, en croyant que tout ira bien.  Et je pense, comme Hamilton, que c’est déjà fichu. A moins…

J’entrevois une seule, toute petite possibilité. Il faudrait que nous prenions les choses en main : nous, le peuple. Les peuples, partout dans le monde. Nous devons passer outre les politiques, les industriels et autres financiers pour assumer directement la responsabilité qui va de pair avec notre ultime souveraineté. Nous devons nous organiser et nous pouvons le faire, grâce à l’Internet. Nous devons nous mobiliser et faire sentir le poids du nombre.

Je pense aux manifestations massives en Allemagne de l’Est en 1989 — des millions et des millions de personnes qui ont fini par avoir raison du Mur. Mais en plus grand encore. Des centaines de millions de citoyens en colère au nom de leurs enfants, qui assiégeraient les assemblées nationales de Tokyo à New-York en passant par New Delhi, Le Caire, Lisbonne et Panama City. Nous pouvons le faire. Nous détenons le pouvoir, il faut oser s’en servir. Mais pas n’importe quand. La conférence internationale sur le changement climatique prévue à Paris en décembre 2015, sera celle de la toute dernière chance et, pour nous, le moment propice.

Si vous avez lu jusqu’ici, vous comprendrez qu’il n’est pas trop tôt pour commencer à nous organiser. Partagez cet article avec tous vos amis, traduisez-le, réécrivez-le si vous voulez, reprenez-en les grandes lignes… Les droits d’auteur, je m’en fous complètement. Pour l’amour de l’Humanité, faites que le message passe.

***

(Vous trouverez ici un article en langue anglaise traitant du même sujet, même s’il y a moins de développement et davantage de colère. Mais c’est bien, la colère ! C’est elle qui nous sauvera.)

3 thoughts on “Changement climatique : qu’est-ce que je peux faire, moi ?

  1. Que puis-je faire??? Si j’ai bien lu Clive Hamilton, il s’agit d’abord de “désespérer”, c’est à dire de renoncer à toute croyance en une issue favorable, par exemple la limitation miraculeuse du réchauffement aux +2° mythiques,
    ensuite, faire son deuil d’une vie normale dans la planète d’avant, perturbée à tout jamais… deuil applicable surtout à la vie des générations futures,
    enfin, agir quand même, parce qu’il le faut bien, et parce que c’est la seule attitude morale et digne, la seule susceptible de limiter un peu le malheur inéluctable.
    La rudesse de ce schéma a pour elle la rigueur de l’analyse. Pour ma part, ce n’est pas en elle-même la philosophie du dés-espoir qui me choque. Elle n’est pas nouvelle.
    Mais nous n’avons pas fini de nous interroger sur le langage à tenir face à l’opinion publique: peut-on mobiliser massivement les consciences sur autre chose qu’un espoir, si mince soit-il? L’exemple des mobilisations berlinoises qui ont précédé la chute du mur est révélateur: Y aurait-il eu autant de monde, et si déterminé, sans une perspective de succès, même minime?

    Je nous souhaite bien du courage et de l’imagination!

  2. I do enjoy the manner in which you have presented this particular issue plus it really does supply me some fodder for consideration. Nonetheless, from what precisely I have personally seen, I only wish as other remarks pack on that individuals continue to be on point and in no way embark on a tirade associated with some other news of the day. Anyway, thank you for this exceptional piece and even though I do not really agree with it in totality, I respect your standpoint.

    1. Thank you for this contribution. However I confess having some difficulty in spotting the relevance to my question as to what each of us can actually do. Perhaps you could be more specific.

      Best regards
      Roger

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *